Monde


1. Deux séismes frappent l'Europe 
2. Afghanistan : la tragédie  annoncée
3.  Les dictateurs aux portes de l’Europe (4 articles) 
4.  Erdogan s'en prend à l'Autriche
5. Le sinistre décompte des morts
6. Manifestations antisémites en Allemagne également
7. Les extrémistes du Hamas tiennent  l’opinion publique mondiale
8. Vers une nouvelle Guerre froide russo-américaine ?
9. Moscou : des méthodes politiques d’un autre temps
11. « Joe » et « Xi » engagent un bras de fer10.   Joe Biden veut-il assujettir l’Europe au leadership américain ?
12. La Défense européenne peine à décoller
13. Vers un séparatisme écossais ?

Deux séismes frappent l'Europe

En Allemagne, le gouvernement tripartite de la coalition rouge-verte-verte, SPD-Verts-Libéraux, élu le 26 septembre dernier, n'aura pas de répit.
Il est déjà sur le marchepied du pouvoir et les quelque 300 personnes qui participent à la rédaction de son programme travaillent d'arrache-pied avant d’aller boire chaque soir une bonne bière au bistrot du coin. Tout allait bien. On annonçait l'intronisation le 1er décembre 2021, bien plus rapidement donc qu’il y a quatre ans. Mais voilà que deux séismes ont secoué l'Allemagne et l’Europe. Ils pourraient accélérer – ou ralentir – le processus de formation du gouvernement allemand.

Le premier est le retour en force de la pandémie en Allemagne. Dans certains secteurs de l’Est du pays et en Bavière, le nombre de lits de réanimation pourrait bientôt ne pas suffire et le champion de la lutte contre le virus, le ministre-président bavarois Markus Söder, a décrété l’état d’urgence. La faute en est au succès relatif des antivax en Allemagne où à peine la moitié de la population est vaccinée tandis que les trois quarts le sont en France ou cette cinquième vague de pandémie est nettement moins forte que chez les voisins. Et voilà qu’on a nouveau besoin de la poigne de la chancelière chrétienne-démocrate par intérim Angela Merkel que les Allemands regrettent déjà tant. Mme Merkel s'était prononcée avec véhémence en faveur d'une conférence des ministres-présidents du gouvernement fédéral et des Länder. Et cette conférence va se tenir, suivie de consultations sur la situation sanitaire en Allemagne. C'est ce qu'a annoncé le futur chancelier social-démocrate Olaf Scholz au Bundestag. Il y aura ensuite une discussion entre le gouvernement fédéral et les ministres-présidents des Länder, a déclaré Scholz. "C'est ce dont nous avons besoin maintenant," a-t-il dit fixant ainsi la priorité. Autrement dit , on pourrait garder Merkel un moment encore jusqu’à ce que le front sanitaire se stabilise...

Le deuxième séisme n’est pas moins grave. À la frontière orientale de l'UE, en Pologne, les sbires du dictateur biélorusse poussent brutalement des migrants jusqu'aux obstacles frontaliers. Ceux–ci commencent à escalader les barreaux. Les réseaux sociaux diffusent partout dans le monde arabe et en Afrique la bonne nouvelle : "La frontière européenne est ouverte ! ». On n’en est pas encore à la situation de l'été 2015 qui avait connu une énorme vague migratoire, mais elle pourrait venir si les réactions européennes restaient aussi confuses. Les Polonais et les Lettons veulent bloquer les migrants par la force si nécessaire. Ils refusent l’aide de la force européenne de protection des frontières Frontex en laquelle ils n’ont visiblement pas confiance. La chef de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, menace la Biélorussie de nouvelles sanctions tout en sachant que les précédentes n'ont rien donné, si ce n'est d'exacerber le conflit. La chancelière sortante Angela Merkel a téléphoné à Vladimir Poutine mais elle s’est heurtée à son refus catégorique de mettre fin à ce trafic d'humains.

Poutine et. Loukachenko mettent des gens dans des avions à Bagdad, Beyrouth et Istanbul et les transportent aux frontières lituanienne et polonaise pour déstabiliser l'Union Européenne qu’ils haïssent et veulent détruire parce que leur citoyens rêvent du modèle politique, économique et social européen. Or, l’Union Européenne n'a toujours pas de politique migratoire commune, ni de plan cohérent pour faire face aux potentats de son voisinage. Elle n’a surtout pas une force militaire commune digne de ce nom et a toujours besoin des Américains qui ont d’autres soucis, ailleurs dans le monde. Alors quand une chancelière allemande sortante et impuissante supplie le Kremlin, on doit bien rire au palais des tsars.
Un scénario terrible se profile déjà : comment l'UE fera-t-elle face aux futures crises majeures telles que la migration climatique ou la confrontation avec la nouvelle puissance mondiale qu'est la Chine si elle est déjà submergée par quelques milliers de migrants et impuissante face à un dictateur de poche comme Loukachenko ?

Ce n’est pas encore sûr que Poutine ose, par Loukachenko interposé, provoquer une guerre avec la Pologne ou la Lituanie comme il le fait depuis 2014 à l’Est de l’Ukraine. Mais la tentation existe. Il y a eu déjà pénétration en Pologne de deux de leurs combattants anonymes pour tester les réactions polonaises. Pour le moment, en tout cas, leur arme est, comme pour leur allié Erdogan, et peut-être un jour pour la troisième puissance hostile à l’Est de l’Europe, l’Iran des Mollahs : l’immigration orchestrée à distance. Une arme imparable, car nos valeurs humanistes et humanitaires nous paralysent.

Des experts appellent à menacer Poutine de refuser l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 de la Baltique s'il ne met pas immédiatement fin à ce trafic d’esclaves. Mais cela sera-t-il efficace ? Et Poutine pourra toujours vendre son gaz à la Chine tandis que les Algériens refuseront de nous livrer le leur dont De Gaulle leur avait généreusement abandonné l’exploitation.
Poutine - car c'est bien lui qui tire les ficelles - a bien choisi son moment alors que l'Allemagne n'a pas encore de gouvernement et que la France entre en période préélectorale. Heureusement, la responsabilité de l'Europe sera à partir du 1er janvier entre les mains d'Emmanuel Macron, la France ayant à ce moment-là son tour de présidence de l'UE.
Il pourra et devra à la tête du Conseil européen des chefs d'Etats et de gouvernements prendre les décisions qui s'imposent, là où Mme von der Leyen a  prouvé son incapacité à gérer les questions stratégiques majeures et démontré la faiblesse de la Commission européenne. (J.-P. P., 11/11/2021)

Afghanistan : la tragédie  annoncée

Cela s'est passé comme si les démocraties n'avaient pas retenu les leçons de l'Algérie avec le désarmement des 100 000 harkis dévoués à la France, offerts en pâture aux terroristes algériens par De Gaulle, et la population française d'Algérie obligée de faire ses valises à la hâte. Comme si on n'avait pas vécu l'invasion des Viets à Saïgon et l'entrée triomphale des massacreurs Khmers rouges à Phnom Penh. Et encore, comme si on n'avait aucun souvenir de ces trahisons de l'occident, les Américains ont fait à Kaboul la preuve de leur immaturité et de leur infantilisme ainsi que de la lâcheté et de la naïveté des Occidentaux.
On s'est contenté d'évacuer les ressortissants occidentaux, surtout le personnel des ambassades, alors qu'on aurait eu tout le temps de faire sortir les Afghans dévoués à la liberté et à la démocratie en échelonnant l'abandon d'un peuple sur des mois.
Mais au lieu de cela on avait laissé s'installer un gouvernement islamique qui a vite laissé sa place à d'autres plus islamique encore. Encore un pays abandonnés aux fous de Dieu. Tamerlan, Djingis Khan réjouissez-vous dans vos tombes. Les cadavres vont s'empiler. Les femmes seront châtiées durement d'être des femmes et les garçons seront transformés en kamikazes poseurs de bombes dans sur les marchés et dans les rues de nos villes. La Américains ont quitté leur base de Baghram de nuit sans prévenir, comme des voleurs. Même pas. Comme des illusionnistes.
Comment des militaires chevronnés ont-ils pu imaginer que l'armée et la police afghane fantoche qui n'étaient courageux que tant que les dollars abondaient, résisterait à la grande vague religieuse et populaire des Talibans que leurs prédécesseurs avaient formés pour résister à l'Union soviétique ? Et ce, face à une population qui n'a pas construit ni assimilé la vie en démocratie et liberté, dans un Etat qui se disait islamique ?
Mais surtout, c'est la rapidité avec laquelle le pays est tombé entre les mains des fous de dieu qu'ils n'avaient pas prévue. Ils sont partis de nuit de leur camp de Baghram comme des voleurs, abandonnant à leur sort terrible ceux auxquels ils avaient dit des années durant : : Croyez en nous ! La France se contente une fois de plus d'extraire les ressortissants français, abandonnant aux mutilations, lapidations, incarcérations et au fouet et à la bastonnade toutes ces jeunes femmes voilées et un peuple à la misère.
Il est probable qu'aucun des généraux hautement décorés des forces armées allemandes et américaines n'avait prévu la vitesse vertigineuse à laquelle les talibans envahiraient l'Afghanistan. Il leur a fallu moins d'une semaine pour reprendre un quart du pays. Ce que les soldats occidentaux, les experts en politique étrangère et les bénévoles de l'aide au développement ont construit en 20 ans sera détruit du jour au lendemain.
Il est si facile de dire : les Talibans conquièrent l'Afghanistan. Mais ce qui se cache réellement derrière cette phrase est bien plus tragique que ce que les mots peuvent exprimer. Si vous voulez savoir ce que cela signifie vraiment, il faut regarder du côté des réseaux sociaux. Sur Twitter, par exemple, on peut voir des hommes barbus armés de kalachnikovs courir dans les rues, prendre d'assaut les bureaux du gouvernement et massacrer tous ceux qu'ils considèrent comme des ennemis ou des pécheurs. Ils se moquent éperdument des accords conclus par leurs dirigeants lors des pourparlers de paix avec les diplomates américains au Qatar, ils prennent simplement ce qu'ils veulent. Je ne veux pas entrer dans les détails ici, mais je dirai ceci : quiconque voit ces scènes doit être consterné par la naïveté (ou le manque de scrupules ?) des politiciens allemands et américains qui ont décidé d'abandonner l'Afghanistan comme ça.
Maintenant, une panique aveugle règne. Les diplomates et les humanitaires se réfugient dans les quelques avions qui décollent encore, le gouvernement allemand appelle tous les Allemands à quitter le pays le plus rapidement possible. Même le shérif en chef Horst Seehofer a maintenant compris qu'il ne peut pas renvoyer les criminels afghans d'Allemagne dans un pays qui est en train d'être pris en charge par des meurtriers et des tortionnaires. Le ministère des Affaires étrangères prévoit que les premières vagues de réfugiés se dirigeront bientôt vers l'Allemagne. La nuit dernière, les Talibans ont pris Kandahar dans le sud du pays, la deuxième plus grande ville d'Afghanistan. Le gouvernement américain part du principe que la capitale Kaboul pourrait également tomber entre leurs mains dans quelques semaines. Le Pentagone a annoncé que 3 000 soldats américains supplémentaires seraient déployés dans la ville pour renforcer la sécurité de l'aéroport. Il est difficile d'imaginer ce qui menace les enseignants des écoles de filles, les journalistes, les politiciens de l'opposition et les autres représentants de la société civile si Kaboul tombe également. Il y a quelques jours, un comédien bien connu a été égorgé par des guerriers de Dieu autoproclamés.
Et les anciens traducteurs et cuisiniers des forces armées allemandes et leurs familles tremblent encore sur le sol. Les Talibans ont juré de les éliminer rapidement eux aussi. La ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, la chancelière Angela Merkel et d'autres représentants du gouvernement allemand affirment abondamment qu'ils veulent faire partir par avion tous les travailleurs humanitaires de la Bundeswehr en danger. Mais si l'on y regarde de plus près, on constate qu'ils n'ont pas fait grand-chose - et qu'ils cherchent maintenant des excuses en disant que les autorités sur le terrain ne laisseront "malheureusement sortir les Afghans du pays que s'ils ont un passeport". Oui, c'est ce que dit le ministre du pays dont les soldats lourdement armés font la loi dans plusieurs régions d'Afghanistan depuis des années. Que le gouvernement fantoche de Kaboul a alimenté à coups de milliards d'aide. C'est une blague cynique. Et cela portera atteinte à la crédibilité de la République fédérale pour les années à venir. Les appels à l'aide des personnes concernées se répandent dans le monde entier via Facebook et Twitter.
Aujourd'hui, le drapeau des talibans flotte à nouveau sur les capitales provinciales et les soldats du gouvernement se dépêchent d'enlever leurs uniformes pour ne pas être reconnus. Dans les villes capturées, les talibans ouvrent les prisons et libèrent leurs compagnons emprisonnés. Il y a vingt ans, ils recrutaient leurs combattants principalement dans les tribus pachtounes ; ils étaient un parti de la guerre civile ethnique parmi d'autres. Aujourd'hui, les guerriers sont issus de différents groupes ethniques et régions du pays, mais ils sont unis par une chose : la colère contre le gouvernement central corrompu de Kaboul qui s'est impliqué avec les étrangers. C'est précisément ce gouvernement et tous ses collaborateurs et complices qu'ils veulent maintenant balayer afin de rétablir leur "État de Dieu" avec une morale de l'âge de la pierre.
C'est peut-être ce que les missionnaires occidentaux de la démocratie ont le plus gravement négligé : Ceux qui fondent leur pouvoir sur des crapules peuvent pomper autant de dollars qu'ils veulent dans le système, ils ne créeront de cette manière jamais une société civile stable  (Rédaction avec t-online.de, 15.08.2021)

Les dictateurs aux portes de l’Europe 

Roman Protassevitch : victime expiatoire du dictateur stalinien de Biélorussie ?

Prétextant le 23 mai dernier, la présence à son bord d’une bombe, les autorités biélorusses détournent  l’avion de ligne de Ryan Air en vol entre Athènes et Vilnius et l’obligent à se poser à Minsk, leur capitale Elles ont envoyé un avion de chasse contraindre l’appareil civil à se poser sur un aéroport où l’attend un important dispositif policier avec des chiens renifleurs. Capitale de la Lituanie, Vilnius n’est qu’à 172 km de Minsk. Il ne restait qu’un quart d’heure de vol à l’appareil civil. Le chasseur a fait exécuter un détour de 200 km à l’appareil de FR49278 de la compagnie irlandaise RyanAir qui aurait pu se poser très vite à Vilnius en Lituanie sa destination finale pour désamorcer la... "bombe".
N'est-ce pas une singulière protection contre une prétendue bombe que de contraindre un appareil commercial civil en menaçant de l’abattre s’il ne change pas de direction ?
A l'arrivée à Minsk, l’opposant biélorusse Roman Protassevitch, 26 ans, journaliste, et sa compagne Sofia Sapega, 23 ans, durent descendre de l’avion et furent arrêtés. Il faut croire que les services biélorusses ou russes ont un ou des agents qui avait eu accès à Athènes à la listes des passagers. Les chiens étaient là non pour détecter une bombe mais pour impressionner. Ensuite, l’avion put repartir.
Plus tard, les autorités biélorusses firent passer Sofia Sapega en vidéo où elle a affirmé faire partie d’une chaîne de médias où elle publie des informations sur des agents du régime biélorusse. Sa mère déclare qu’elle a fait cet aveux sous la menace de tortures, ce qui n’est pas inusité sous la dictature de l’agriculteur communiste Alexandre Loukachenko, devenu dictateur biélorusse et protégé de Vladimir Poutine.
Des accusations préfabriquées par les officines de Poutine en Russie
Devant le scandale international provoqué par cet acte de piraterie aérienne, les autorités biélorusses ont sorti le couple de prison et les ont placés en résidence surveillée – dans quelles conditions ? - en assurant sur leur chaîne de désinformation « Telegram » l’avoir « jugé possible », les deux accusés ayant fait des « aveux cohérents » et s’étant engagés à « aider l’enquête et identifier leurs complices ». Que de mensonges ! Croient-ils avec ça désamorcer la campagne occidentale dans laquelle s’est engagée l’Union Européenne ? On se doute bien que ces prétendus « aveux » ont été obtenus sous la menace. et peut-être sous les coups.
Pour avoir un semblant d’accusation convaincante contre Protassevitch, un soi-disant « comité d’enquête » du dictateur prétend qu’il a combattu – contre qui ? contre des envahisseurs russes ? - dans les rangs du bataillon néonazi Azov, dans l’est de l’Ukraine. On retrouve là le schéma classique : ceux qui combattent la politique russe-biélorusse sont des nazis. Soixante-seize ans après la fin de la guerre contre Hitler, le mot « nazi » est toujours utilisé comme épouvantail, dans le plus pur style stalinien. Veulent-ils ouvrir un « procès de Nuremberg » contre Protassevitch ?
Premièrement, il n’est absolument pas certain que ce groupe paramilitaire de patriotes ukrainiens dont peut-être quelques « néonazis » ou prétendus tels soit « néonazi ». Il a été rejoint par beaucoup d’autres combattants volontaires et intégré depuis dans l’armée ukrainienne, selon Stéphane Siohan, correspondant du journal français Libération en Ukraine qui travaille sur ces milices depuis le début du conflit en 2014. Nous savons tous que la propagande soviétique poststalinienne concluait toujours très vite au néonazisme.
Deuxièmement, si Protassevitch s’est glissé dans les rangs des combattants ukrainiens comme beaucoup d’autres correspondants de guerre le font depuis toujours, avec pour seules armes une caméra et un stylo, c’était pour réaliser un reportage photographique du front. C’est sûr que les ennemis de l’Ukraine n’aiment pas être photographiés. Protassevitch aurait été blessé dans les combats, comme il l’a affirmé lui-même sur la chaîne russe
. Quel genre de blessure ? En est-on certain ? Il faut aussi tabler sur l’ambition d’un jeune professionnel des médias désireux de se mettre en valeur et qui n’avait que 19 ans à l’époque.
Voici ce qu’explique Stéphane Siohan, expert neutre : «Il était assurément sur des bases d’Azov, une amie l’a croisé. La question est de savoir s’il y est allé à 19 ans comme journaliste en devenir, ou comme militant. Passer par les bataillons était le moyen le plus simple pour accéder à la zone de combat pour les journalistes. Beaucoup se sont rendus dans les zones de combat comme ça.». Ce journaliste français précise qu’il «faut aussi garder en tête qu’il était très facile d’accéder à ces bataillons. Roman était là pendant la révolution de Maïdan. Pour peu que tu aies quelques potes de cette époque, il suffit d’un coup de téléphone ou d’un SMS pour aller à Azov».
Ils cherchent à le faire condamner à mort comme à l'époque de Staline
Mais peut-on être vraiment sûr Roman Protassevitch soit allé sur le front en Ukraine. C’est ce qu’ont répandu avec une hâte suspecte, le 26 mai, trois jours à peine après le détournement de l’avion, le journaliste pro-Kremlin Alexander Kots, sa consœur Olga Skabeeva, présentatrice pour la télévision d’État russe. Sur la chaîne « Télégramme », l’émission biélorusse pro régime Zelten Silvy, ils ont diffusé diverses photos montrant en uniforme ukrainien à Marioupol lors d’une parade du régiment Azov un jeune homme présenté comme Roman Protassevitch et qui aurait fait la photo de couverture de Black Sun, le magazine du régiment, en juillet 2015. Ceci, selon le blogueur ukrainien Anatoly Shariy qui relaie régulièrement des contenus pro-russes. En fait l’identité du jeune Protassevitch sur ces photos aurait été obtenue par un « logiciel d’identification faciale ».
On peut s’étonner que les milieux de la désinformation russe aient eu si rapidement après la capture de Roman Protassevitch tant de photos à leur disposition. Mais les officines des falsificateurs moscovites travaillent vite. Ils ont une longue pratique de la « maskirovska ». Les photos étaient-elles déjà prêtes avant la capture du journaliste ?
Le mot de la fin est que Roman Protassevitch risque la peine de mort pour avoir soutenu la révolte de 2020 contre la dictature. Le but de l’actuel gouvernement de Minsk qui procède à une répression brutale contre les militants démocrates, est d’intimider ces derniers. Évidemment l’ordre d’arrêter et d’inculper le jeune homme de crimes qu’il n’a pas commis, provient d’Alexandre Loukachenko lui-même.
Le dirigeant de Minsk peut se permettre ce menu plaisir si la communauté internationale et en particulier l’Union Européenne détourne les yeux de ses crimes d’État. Il a dit que «des enquêteurs du Donbass [comprendre des combattants pro-russes des républiques séparatistes de l’Est ukrainien]» pourraient interroger Protassevitch car «ils ont tué des gens là-bas» (qui ça ?). Il a confirmé que le journaliste encourt bien la peine de mort. (Jacob Guézat. Paris. 3/08.201)

L'Entente brutale : Poutine-Erdogan

Immédiatement, face à l’indignation quasi-planétaire et à la sidération devant cet acte sans précédent dans l’Histoire du transport aérien, le régime frère de Vladimir Poutine était intervenu en faveur de Loukachenko, en essayant comme à l’accoutumée d’éteindre le feu par minimisation du scandale, comme si de rien n’était. Mais comme l’affaire est très grave, ce n’est pas le chef propagandiste du Kremlin avec son titre de porte-parole du gouvernement russe, mais le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov en personne qui est intervenu en disant qu’il ne fallait « pas juger la situation sous le coup de l’émotion » mais que « Minsk » (autrement dit Loukachenko) « témoignait d’une intention rationnelle dans le contexte de ce cas ». Donc le Kremlin assure la propagande de Loukachenko. Autrement dit, c’est « rationnel » de dérouter un avion de ligne civil étranger avec des passagers sous la menace de tirs d’un avion de chasse
en prétextant qu’il y a une bombe dans l’avion.
Comme un malheur ne vient jamais seul, « l’entente brutale » entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine est en train de se renforcer. Cette formule très juste et ciblée a été lancée 25 mai dernier à la « une » du quotidien français « Le Monde ». La haine de la démocratie et de la liberté unit les deux dictateurs ainsi que le désir de conquérir de nouvelles terres. Ce n’est pas l’encerclement de la Russie par les forces américaines qui justifie le surarmement du régime de Poutine au détriment du bien-être de la population russe. Ce sont au contraire les pulsions expansionnistes du Kremlin qui contraignent les États-Unis à revenir au secours de l’Europe occidentale et à mettre la Russie sous surveillance de divisions blindées et de missiles antimissiles US comme cela avait été le cas pendant la Guerre froide. Nous, les Européens, nous en serions bien passés. (C.C. 25 Mai 2021)

Une affaire d'État à Tokyo : la sprinteuse biélorusse Krystsina Tsimanouskaya

Elle se préparait à participer aux séries du 200 m, le lundi 2 août 2021 aux JO de Tokyo trois jours après avoir été éliminée lors de celles du 100 m. Elle a vu son rêve brisé par les autorités de son pays, qui l'ont forcée à quitter la sélection olympique dimanche après des critiques émises envers sa Fédération et ses entraîneurs. C'est l'athlète elle-même qui l'a expliqué par message à l'agence de presse Reuters. Elle a publié dimanche une vidéo dans laquelle elle demandait de l'aide après avoir été accompagnée à l'aéroport par des responsables du comité olympique national biélorusse pour rentrer dans son pays. "J'ai été forcée de quitter le Japon contre mon gré", y déclare-t-elle.
Cette vidéo l’a probablement sauvée. Le Comité international olympique (CIO) et les autorités japonaises l’ont hébergée en sécurité dans un hôtel de l’aéroport avant que ses gardes l’embarquent dans l’avion. Plusieurs pays libres lui ont offert l’asile, finalement, elle a accepté un visa humanitaire pour la Pologne.
Selon le comité olympique biélorusse dirigé par Viktor Loukachenko, fils du président Alexandre Loukachenko, la sportive a dû suspendre sa participation aux JO sur "décision des médecins, en raison de son état émotionnel et psychologique". Une déclaration qualifiée aussitôt de "mensonge" par l'athlète devant la presse à l'aéroport. Visiblement, la famille Loukachenko est une usine à mensonges. Il s’agissait d’un véritable enlèvement avec sanctions judiciaires sans doute à l’arrivée à Minsk. En Biélorussie, on n’a pas droit à la critique.
Une punition "due au fait que j'ai parlé sur mon compte Instagram [vendredi 30 juillet] de la négligence de nos entraîneurs", a expliqué Tsimanouskaya à Reuters. La sportive biélorusse avait déjà ouvertement critiqué la Fédération biélorusse d'athlétisme en affirmant avoir été contrainte de participer au relais 4x400 m car deux autres athlètes n'avaient pas réalisé un nombre suffisant de contrôles antidopage, selon elle. "L'entraîneur m'a ajoutée au relais sans m'en parler. J'en ai parlé publiquement. L'entraîneur principal est venu me voir et m'a dit qu'il y avait un ordre d'en haut de me retirer (de l'équipe)", a-t-elle relaté à l'agence de presse. (J. G., 3/08/2021)

Chantage migratoire de Minsk sur Vilnius

La frontière de la Lituanie, c’est-à-dire de l’Union Européenne, avec la Biélorussie compte 678 km. Malgré les haies de barbelés, des centaines de migrants, des Irakiens surtout, mais aussi des Africains et même des Russes, la passent chaque jour. Une centaine sont interceptés quotidiennement pas les garde-frontières lituaniens, mais les autres passent. Les Irakiens sont embarqués à Bagdad via la Biélorussie par des agences biélorusses qui empochent 4 000 € par personne à l’arrivée à Minsk avant de les expédier vers la frontière avec la Lituanie, c’est-à-dire vers l’Union Européenne. Cette crise met les Lituaniens en difficultés. Ils manquent de personnels, de locaux d’hébergement, argent pour les nourrir, les soigner.
Cette opération de déstabilisation de la Lituanie et indirectement de l’Union Européenne par Alexandre Loukachenko et sa clique s’est intensifiée depuis que Vilnius a accueilli Svetlana Tikhanovskaïa, la leader de l’opposition biélorusse, et soutient les forces démocratiques biélorusses. Cet afflux de migrants n’est autre qu’une guerre hybride de Loukachenko contre l’Union Européenne. « L’unique raison de ce flux en hausse et la volonté du régime biélorusse de nous effrayer et de faire pression sur nous », a déclaré Ingrida Simonyte, Première ministre lituanienne. (D’après « Le Figaro » du 3 août 2021)

Erdogan s’en prend à l’Autriche : « Je maudis l’État autrichien »

Le dictateur turc s'est exprimé ainsi parce que le chancelier autrichien Sebastian Kurz et son ministre des Affaires étrangères Alexander Schallenberg ont hissé un drapeau israélien sur la chancellerie fédérale et un second sur le ministère des Affaires étrangères à Vienne en signe de solidarité avec Israël. Et le dictateur turc de commenter : « « L’État autrichien cherche à mettre au compte des musulmans la facture du génocide qu’il a perpétré contre les juifs ». Les raisonnements d’Erdogan ne sont jamais très clairs. Il a été élevé dans une école religieuse musulmane et n’a pu se familiariser avec la logique.
Sans doute faisait-il allusion au massacre de millions de juifs par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. L’Autriche annexée par Hitler avait largement participé à l’Holocauste en effet. Que les Autrichiens et les Allemands luttent aujourd’hui contre l’antisémitisme et défendent l’existence de l’État hébreux, n’est donc que justice et nullement dirigé contre les musulmans. Il ne faut pas oublier qu’Israël ne lutte pas contre les musulmans en général mais contre l’organisation terroriste Hamas qui a pris l'en otage la population palestinienne et s'en sert comme d’un bouclier.
En 2018, Erdogan avait déclaré qu’Israël est « l’État le plus fasciste et raciste au monde » et que « l’esprit d’Hitler » renaît chez les politiciens israéliens. Cela se passe de commentaire. Erdogan serait bien incapable de définir ce qu’était « l’esprit d’Hitler ». S’il le savait, il ne l'imiterait pas. Ou peut-être si. Il le sait et il l'imite.
Notons en passant qu'en Allemagne aussi, le parti d'Angela Merkel, la CDU chrétienne-démocrate, a hissé sur son immeuble de Berlin le drapeau israélien. Il a été arraché dans la nuit, mais hissé à nouveau le lendemain. Diverses villes et villages allemands ont également hissé le drapeau de l'Etat hébreux. (Presse allemande et autrichienne. 19/05/2021)

Manifestations antisémites en Allemagne : « Bombardez Tel Aviv", "Nous n'avons pas besoin d'une solution pacifique", "Israël assassin d'enfants"

Beaucoup d’Allemands qui se souviennent encore de ce que leur pays embrigadé par Hitler a fait subir aux Juifs sous le IIIème Reich et parmi eux des jeunes qui ont appris l’histoire au lycée ou collège ont honte de ce qui s’est passé dans leur pays des derniers jours. Que des manifestations contre Israël et les juifs aient lieu en Allemagne est un comble !
Or, ce n'est ci-dessus qu'une toute petite sélection des slogans de haine et des fantasmes de violence diffusés lors des manifestations organisées dans les villes allemandes le weekend du 16/17 mai dernier. Ce qui avait été annoncé comme devant être une manifestation pro-palestinienne contre la politique d’Israël s'est transformé en de nombreux endroits en explosion d’antisémitisme. À Berlin en particulier, la situation a été très grave. La police a dispersé une marche de protestation et a ensuite été attaquée.
Qui étaient ces gens qui répandaient cette propagande antisémite ? Le Forum juif pour la démocratie et contre l'antisémitisme (JFDA) rapporte que ce sont principalement des islamistes radicaux, des partisans de l'organisation terroriste Hamas et des membres de l'association turque d'extrême droite "Loups gris" qui ont donné le ton à Berlin. Cependant, ils étaient accompagnés - et au moins tolérés - par des familles et des jeunes, souvent issus de l'immigration.
Des extrémistes de gauche se sont également joints à eux. Un journaliste israélien a été attaqué par la foule avec un pétard puis agressé, un homosexuel a été matraqué par les manifestants. Bilan : 93 hommes des forces de l’ordre blessés, 59 arrestations, 150 inculpations.(D'après "BILD" et autres journaux allemands. 19 mai 2021)

Le sinistre décompte des morts : En visant en particulier les tunnels creusés par le Hamas sous la bande de Gaza où sont stockées notamment les armements et missiles en vue du déclenchement d'une guerre, Israël a tué 200 personnes. Selon le Hamas, 100 de ces tués seraient des civils, dont des enfants. Seulement au moins 30 combattants du Hamas auraient été tués. Selon les sources israéliennes, 130 combattants du Hamas et 30 terroristes du Djihad Islamiste Palestinien (PIJ) sont parmi les morts. La majorité des combattants du Hamas ont entre 16 et 30 ans. Or  le ministère de la santé de Gaza déclare "enfant" tout combattant de moins de 18 ans tué ou blessé. De sorte qu'Israël "tue des enfants". Propagande très efficace reprise partout dans le monde.
Au lendemain des affrontements, pendant la trêve imposée à Israël par les États-Unis, Le Hamas a défilé en grande pompe dans les rues de Gaza pour proclamer sa "victoire" en se sachant protégé par l'opinion mondiale. Les terroristes de Gaza sont assurés de l'impunité. Maîtres du mensonge comme il est prescrit dans le Coran, ils ont réussi à faire passer leur défaite pour une victoire. Or c'est bien une défaite car ils n'ont pas réussi à mettre Israël à feu et à sang avec leurs nouveaux missiles lancés en tirs groupés. S'il y a eu relativement peu de morts en Israël, c'est que "dôme de fer" israélien qui le protège a fait à nouveau ses preuves. Sinon , Israël aurait eu des centaines de milliers de victimes. La situation sera de plus en plus dangereuse pour l’État juif, surtout si l'opinion publique mondiale continue à se laisser aveugler.

Les extrémistes du Hamas  ont pris en otage  l’opinion publique mondiale

Le conflit au Moyen-Orient divise l'opinion aussi en Allemagne, en Europe et dans le monde. Le psychologue et auteur Ahmad Mansour * décrit le débat comme étant hautement émotionnel et haineux et explique ce que beaucoup en Allemagne ne comprennent pas ce qui se passe. Il travaille depuis des années dans la prévention de l'extrémisme. La journaliste de t-online Camilla Kohrs l'a interviewé le 14 mai 2021 par téléphone. Dans l'interview, il explique comment les extrémistes utilisent les médias sociaux pour leur propre cause et comment cela affecte le débat en Allemagne. Cela pourrait s’appliquer évidemment aussi à la France.

t-online : M. Mansour, vous avez de la famille en Israël. Quelles nouvelles recevez-vous d’eux ?
Ahmad Mansour : Mes parents vivent actuellement une situation incroyable : des attaques à la roquette et des émeutes de jeunes contre la police qui veulent de défouler de leur ressentiment et de leur agressivité. Ils vivent dans une ville majoritairement arabe. Dans les villes mixtes comme Haïfa, Acre et Lod, les foules et les extrémistes des deux camps prennent le pouvoir en ce moment même et s'attaquent les uns aux autres.
Le président israélien Ruven Rivlin met en garde contre une guerre civile, les experts contre une fracture permanente de la société. Cependant, des manifestations conjointes d'Israéliens juifs et musulmans se sont élevées contre la haine. Quelle est votre évaluation de la situation ?
Cette haine qui se manifeste en ce moment aura bien sûr des conséquences. Un important travail de réconciliation sera nécessaire. Mais je suis sûr que les gens retrouveront le chemin de la normalité. Ils veulent poursuivre leur vie et leur travail. Et cela se passe ensemble dans les hôpitaux, dans les industries de haute technologie, dans les centres commerciaux. Mais ce dont nous avons besoin maintenant, c'est d'une force de police forte pour agir contre les extrémistes et des politiques qui disent en arabe et en hébreu : "Cela ne peut pas continuer ainsi, nous devons stopper ça."
Quelles erreurs le gouvernement israélien a-t-il commises dans cette situation ?
Il a réagi très tard et a en partie sous-estimé les tensions qui s'accumulent au sein de la population depuis des années. Mais je refuse de dire que le gouvernement israélien en est la cause. Il y a toujours deux côtés. D'un côté, il y a un pays démocratique avec des lois, et de l'autre, une organisation terroriste.
Il s'agit du Hamas, qui dirige Gaza depuis 2007 et terrorise actuellement les civils israéliens par des attaques à la roquette. Quel est leur but, à part la terreur ?
Le Hamas n'a pas vraiment besoin de raisons, son droit à l'existence est la lutte armée contre Israël. Au cours des 20 dernières années, il a démontré à plusieurs reprises qu'il était à la recherche de l'escalade. Il s'en sert sans cesse pour se présenter comme le protecteur des lieux saints, comme il le fait actuellement à Jérusalem-Est. Il terrorise non seulement les Israéliens, mais aussi sa propre population palestinienne.
Comment ?
Des images les montrent en train de lancer des roquettes depuis des zones densément peuplées. Ils utilisent la population comme bouclier. Il est donc difficile pour Israël d'affaiblir le Hamas sans que des innocents n’en souffrent. Ce que l'on ne remarque pas non plus en Europe, c'est que certaines roquettes du Hamas ne frappent pas du tout Israël, mais Gaza même, blessant et tuant des personnes sur place. Je ne veux pas minimiser le fait que des personnes innocentes meurent aussi à cause des attaques israéliennes.
L’'escalade à laquelle nous assistons actuellement a été déclenchée principalement autour d'une expulsion de maisons à Jérusalem-Est. Pourquoi ?
Je vous mets en garde contre la recherche d'une explication simple pour une situation compliquée. Tout d'abord, il y a la situation politique incertaine en Israël : le pays va-t-il repartir avec un gouvernement sans Benjmain Netanyahu ? Netanyahu s’alliera-t-il à l’extrême-droite, ou peut-être à un parti arabe ? Le débat est très animé. Ensuite, il y a l'Autorité palestinienne, qui a d'abord annoncé des élections, puis les a annulées, de peur de les perdre. Cela ne convient pas à l'organisation islamiste radicale Hamas, qui espérait obtenir plus de pouvoir en Cisjordanie. Ajoutez à cela une jeunesse en quête d'aventure et de travail après la pandémie du covid et le mois de jeûne du Ramadan qui met de nombreux musulmans de toute façon à bout de nerfs. Enfin les extrémistes qui utilisent des images très fortement émotionnalisées.
Qu'est-ce que vous entendez par là ?
Par exemple, il y a eu les vidéos où l'on voit des musulmans prier dans la mosquée d'Al-Aksa. Puis les forces de police arrivent, les officiers entrent dans ce lieu sacré pour les musulmans et tirent des gaz lacrymogènes. Cela provoque, bien sûr, un refus absolu de ceux qui voient cela. Avec une telle vidéo, il est facile de mobiliser les gens sur le slogan "Protégez votre religion, protégez votre mosquée". Mais si vous voyez ensuite que, depuis la zone de la mosquée, le mur des Lamentations, qui est sacré pour les Juifs, a été attaqué à coups de pierres, le tableau est différent. Seulement les extrémistes montrent qu'un côté des faits.
Ce n'est pas le seul exemple de messages très partiaux. Il y en a beaucoup sur les médias sociaux comme Instagram ou Tiktok qui touchent parfois des millions de personnes. Quel rôle cela joue-t-il dans cette situation ?
Ces dernières semaines, il y a eu plusieurs cas où des jeunes arabes ont attaqué des juifs et ont mis cela en ligne sous forme de vidéos Tiktok, qui ont ensuite provoqué de l’enthousiasme. Bien sûr, cela a déclenché beaucoup d'émotions du côté juif, et a incité les extrémistes juifs par contrecoup à réagir. Je remarque également que le conflit est dépeint de manière très unilatérale, non seulement là-bas, mais dans le monde entier. L'une des vidéos qui a le plus circulé en Allemagne montre une foule de Juifs célébrant au Mur des lamentations l'incendie de la mosquée Al-Aksa. Vous avez vu la vidéo ?
Oui, j'ai vu ça. Ce n'était qu'un tout petit extrait.
L'histoire est que des Palestiniens ont essayé de lancer un pétard sur le Mur des Lamentations. Cela a mal tourné et un arbre à côté de la mosquée a pris feu. Les manifestants juifs, parmi lesquels il y avait sans aucun doute de nombreux extrémistes, avaient déjà fait la fête auparavant. Je ne peux pas juger si le feu ultérieur a également été fêté. Mais il y a aussi des images du camp d’en face, de personnes célébrant les premières attaques à la roquette sur Jérusalem. La situation n’est donc pas si simple. Mais lorsque vous créez cette unilatéralité à partir des images, vous créez des émotions. Et nous le voyons même ici en Allemagne.
Comment percevez-vous le climat en Allemagne ?
Plein d’émotion et de haine. Je suis effrayé par le nombre de messages que je reçois chaque jour. Cependant, je tiens également à préciser que les gens ont bien sûr le droit de descendre dans la rue ici en Allemagne contre la guerre, de se préoccuper de la population de Gaza et d'exprimer leur mécontentement à l'égard de la guerre. Mais ce que nous avons vu jusqu'à présent n'était pas des manifestations anti-israéliennes. Ce sont des attitudes purement antisémites. Crier "putain de juif" n'a rien à voir avec le conflit en Israël.
Lors de ces manifestations - mais aussi sur les médias sociaux comme Instagram et Tiktok - Israël est systématiquement représenté comme Goliath opprimant David qui incarne les Palestiniens. Est-ce si simple ?
Non. Nous avons souvent tendance à avoir des images unidimensionnelles en noir et blanc et à ne pas voir la réalité. Les gens m'attaquent souvent ici pour avoir soi-disant une position pro-israélienne. En Israël, en revanche, je serais considéré comme étant de gauche parce que je n'approuve pas la politique de Netanyahu. Mais je vois la complexité : beaucoup ne réalisent pas qu'il y a aussi deux millions d'Arabes vivant en Israël, qu'une guerre contre une organisation terroriste n'est pas si facile à mener, et qu'Israël vit avec cette peur de l'anéantissement depuis le début de son existence.
D'où vient la haine ?
Elle a toujours été là, mais trouve maintenant une légitimité pour se manifester. Je le remarque dans mon travail : les réfugiés de Syrie, par exemple - sans les présenter comme un groupe homogène - sont bien sûr des personnes qui sont socialisées d'une manière complètement différente. Nous devons comprendre cela afin de les atteindre en conséquence. Mon propos n'est pas de les qualifier d'antisémites. Mon but est de trouver un moyen d'expliquer pourquoi cela n'a pas sa place ici. Mais c'est difficile d’aborder ces coses-là dans le débat parce qu’on apporte des arguemtns au mauvais côté. Et c'est le cas : l'AfD pense que c'est très bien de parler de l'antisémitisme musulman. Certes, nous devons y remédier, mais ce faisant, nous ne devons pas oublier qu'il s'agit d'un problème pour la société dans son ensemble. La menace est multiple.
Après l'escalade au Moyen-Orient en 2014, il y a eu beaucoup d'incidents antisémites en Allemagne et dans d'autres pays d'Europe. N'en a-t-on pas fait assez après ça ?
Il y a eu des veillées et puis on a oublié. La seule chose que nous pouvons faire maintenant dans cette situation est de montrer l'état de droit, de communiquer clairement, "Ce n'est pas comme ça que ça marche". Mais le vrai travail commence ensuite : dans les écoles, dans les médias sociaux, dans les cours d'intégration. Nous devons les atteindre lorsque les émotions ne sont pas si fortes en ce moment. Mais pour l'instant, il n'est guère possible d'atteindre ces personnes.

* Ahmad Mansour, né en 1976, est un Arabe israélien qui vit à Berlin depuis 2004. Il est psychologue et travaille à des projets contre l'extrémisme. Début 2018, il a fondé Mind Prevention (Mansour Initiative for Democracy Promotion and Extremism Prevention). Il a reçu de nombreux prix pour son travail, notamment le prix Moses Mendelssohn pour la promotion de la tolérance et le prix Carl von Ossietzky.
Il a écrit en allemand un livre intitulé "Être solidaire ! Contre le racisme, l'antisémitisme et la haine
".



La Défense européenne peine à décoller

Beaucoup pronostiquent qu'une Europe de la défense ne verra jamais le jour, du fait des rivalités entre Etats Européens concernant la construction des matériels de guerre communs à une Europe de la défense désirant ne pas se borner à acquérir au prix fort des armements américains.

La question du futur avion européen dit NGF (New Generarion Fighter) élément essentiel du Système de combat aérien futur (Scaf) envisagé par les deux pays avec le partenariat de l'Espagne est significatif à ce sujet. Annoncé il y a deux ans, celui-ci est toujours en discussion du fait des conflits entre partage des tâches et des responsabilités entre les industriels impliqués.

L'avionneur français Dassault Aviation avait été désigné comme maître d'oeuvre industriel de ce programme. Pour cela il devrait partager certains secrets industriels avec ses partenaires allemands. Mais il s'y refuse de peur d'être pillé sans contreparties par ces derniers. C'est le cas notamment concernant les commandes de vol électriques, élément critique d'un avion de ce type. L’Allemagne doit à la France d’être revenu dans réseau industriel aérien grâce à Airbus Industrie conçu d’ailleurs par feu le ministre-président de Bavière et ancien ministre allemand de la Défense Franz-Jposef Strauss.

La France et l'Allemagne espèrent valider avant les élections allemandes de septembre 2021 les contrats industriels d'étude devant conduire en 2026 à la réalisation d'un démonstrateur, pré-prototype destiné à valider la faisabilité du concept. L'enjeu de ce programme-phare de la coopération de défense en Europe est stratégique pour les trois pays. Ils doivent remplacer à l'horizon 2040 leurs avions Rafale et Eurofighter et s'assurer que leurs industriels resteront au plus haut niveau technologique. C'est pour de tels conflits que le projet européen précédent d'avion gros porteur A 400 M avait échoué.

Alors que le Parlement allemand vient de refuser d’envoyer des soldats de la Bundeswehr au Sahel pour prêter main forte aux forces françaises en lutte contre les Djihadistes peut-être n’est-ce pas à l’avionneur français de faire un geste alors qu’il vient de perdre son patron Olivier Dassault dans un terrible accident. Mais, évidemment, les affaires sont les affaires. La puissante industrie allemande est sollicitée. (G.B./C. C., 8/03.2021)

Vers un séparatisme écossais ? Les Écossais ne feront pas de cadeau à Boris Johnson

Aux super-élections du jeudi 6 mai 2021, le parti indépendantiste écossais SNP de la populaire Première ministre Nicola Sturgeon  a remporté 64 sièges, un de moins que la majorité absolue, mais en se coalisant avec les Verts qui ont obtenu huit sièges et qui sont eux aussi pour l'indépendance de la nation écossaise, elle pourra former un gouvernement. Lequel se prononcera probablement pour un référendum en faveur de 'indépendance. Sur la chaîne de télévision Sky News elle a déclaré à ses électeurs qu'il n'y a "tout simplement aucune justification démocratique pour Boris Johnson, ou pour quiconque, à chercher à bloquer le droit du peuple écossais )à choisir son propre avenir". La raison majeure de l'indépendantisme écossais est le désir de rester membre de l'Union Européenne. Les Conservateurs de Boris Johnson n'ont obtenu que 31 voix en Ecosse. Il s'oppose fermement à un référendum qui risquerait de lui coûter sa carrière.  En février, nous avions publié l'article ci-dessous. (Rédaction, le 9 mai 2021)

Le « cadeau de Noël » que Boris Johnson affirmait avoir fait à ses compatriotes fin 2020 en mettant sous leur sapin le Brexit et l’accord de sortie d’Europe de la Grande Bretagne, négocié littéralement en dernière minute, pourrait à la longue prendre des airs de cadeau empoisonné.

Il n’y avait pas dans l’accord passé à Bruxelles de clause sur les transactions financières. Or, dès janvier 2021, à la suite de la mise en œuvre du Brexit, la capitale britannique a cédé la place à sa rivale néerlandaise en volume d’échanges boursiers. Amsterdam dame le pion à Londres et devient la première place financière européenne en récupérant les transactions “perdues par le Royaume-Uni depuis le Brexit”, a annoncé le Financial Times. Jusqu’alors, la City londonienne s’adjugeait 60% de poids spécifique dans la finance européenne. En janvier le volume quotidien des transactions à Amsterdam a quadruplé et dépasse nettement celui de Londres.

C’en est fait. Mais ce n’est pas le pire. Le Royaume Uni britannique pourrait devenir bientôt un Royaume désuni, car l’Ecosse semble résolue à devenir un État indépendant qui resterait membre de l'Union Européenne. La personne la plus qualifiée pour le dire, Nicola Sturgeon, Première ministre d’Ecosse a écrit dans « Le Figaro » dès le 4 janvier dernier : « Nous ne voulions pas quitter l’Union Européenne et espérons vous rejoindre bientôt en tant qu’État indépendant ». Elle dirige non seulement le gouvernement régional écossais mais aussi le Scottish National Party (SNP), le parti indépendantiste dont on entendra encore parler.

Cela vaut la peine de lire son article dans lequel elle dit clairement et nettement que l’Ecosse « est résolue à suivre une voie égale et constitutionnelle pour devenir un État indépendant ». Elle reconnait que lors du vote sur le Brexit en 2016, le Royaume Uni, en tête l’Angleterre et le Pays de Balles a voté en faveur de la sortie de l’Union, mais elle rappelle que l’Ecosse et l’Irlande du Nord (il faudrait ajouter Gibraltar) ont voté pour le maintien dans l’Europe. Elle mentionne que le gouvernement britannique a rejeté le compromis écossais et a « voulu et veut toujours une relation plus distante (avec l’Europe) pour des raisons qu’il n’a jamais pu expliquer ».

Mme Sturgeon se défend d’être « séparatiste ». Elle affirme vouloir défendre le droit de son peuple de « décider de la forme de gouvernement la mieux adaptée à ses besoins » sans abandonner « la vision internationaliste et accueillante de l’Europe, vison qui est partagée par tant de personnes en Ecosse ». Et de conclure « Les liens entre l’Ecosse et la France sont aussi anciens que forts. C’et un partenariat forgé sur de vieux champs de bataille t qui reste tout aussi important aujourd'hui qu’il y a des siècles. Nous appartenons à la famille des nations de l’Union Européenne depuis près d’un demi-siècle. Nous ne voulions par quitter l’Union et espérons vous rejoindre bientôt en tant que partenaire à part entière pour faire face aux opportunités et aux défis de l‘avenir ». (Rédaction, 16 février 2021)