Europe



Notre message pour les 30 ans de l'indépendance de l'Ukraine (24 août  1991)

 La jeunesse européenne vote de plus en plus libéral


1.  Avant les présidentielles françaises du 10 et du 24 avril 2022
-
Le surprenant Éric Zemmour : un séisme politique en France
Macron attend son heure

2.Après les législatives en Allemagne du 26 septembre 2021
- Le gagnant sera le vainqueur-
- Et l’Europe dans l’Allemagne d’après Merkel ?
- Le programme européen des Verts allemands
- Allemagne : l’ultra-droite trépigne mais fait du surplace

3. L'Europe vue d'Autriche
- Un nouvel équilibre - le point de vue de Vienne
- Une déclaration de Paneurope Autriche à l'occasion de la Fête de l'Europe le 9 mai 2021

Notre message pour l'Ukraine

Un ministre d’un Tsar a dit un jour qu’une frontière russe n’est sûre que si des soldats russes sont des deux côtés de cette frontière. Cela peut vouloir dire que les territoires voisins de la Russie lui appartiennent ou doivent être ses vassaux. C’est ce que le Kremlin tente de réaliser avec l’Ukraine et d’autres Etats voisins. Il a installé à demeure des combattants russes en territoire ukrainien. Ce n’est pas ainsi que l’on maintiendra la paix en Europe. Ces soldats russes doivent se retirer sur leur territoire. La place de l’Ukraine est dans une union d’Etats souverains, égaux les uns avec les autres comme l’est l’Union Européenne, respectueuse des frontières de ses voisins, ouvertes aux pays amis.(à l'occasion du 30ème anniversaire de l'indépendance ukrainienne, 23 août 2021)

Liberté et individualisme : la jeunesse européenne vote de plus en plus libéral.

La jeunesse vote « vert »… En êtes-vous vraiment  sûrs ? Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas tout à fait exact. La  vraie sensation de cette élection allemande aura été le vote important et inattendu des jeunes de moins de 44 ans et de moins de 29 ans en faveur du petit parti libéral (FDP).
Le 26 septembre, chez les primo-votants de 18-22 le parti libéral (FDP) a été avec 22% des suffrages exprimés nettement en tête des votes, suivi de près par les Verts (Grüne). En moyenne 19% des jeunes de 18 à 29 ans ont voté en faveur du parti libéral (FDP) et 22% pour les Verts (Grüne). La tranche d’âge de 30 à 44 ans a été 13% à voter libéral et 18% Vert. Donc, plus on est jeune, plus on vote libéral. L’écart s’est resserré dans la jeunesse allemande entre les votes Verts et les votes libéraux, ces derniers dominant chez les très jeunes. Par contre, seulement 8% des suffrages des plus jeunes sont allés aux deux partis de l’ultra-droite(AfD) et de l’ultragauche (Die Linke) et leurs votes pour les grands partis traditionnels ont été de seulement 11% pour la CDU/CSU conservatrice et 17% pour le SPD social-démocrate. Les plus de 60 ans ont voté nettement CDU/CSU et SPD.
Les valeurs de la gauche, solidarité et justice sociale que prônent les partis de gauche, parmi eux les Verts, attirent moins les jeunes des années 2020 que l’individualisme et la liberté. En Allemagne, en septembre 2021, 23% des primo-votants ont opté pour le FDP libéral alors qu’ils n’avaient été que 12% eaux élections de 2017 à le faire, à peine un peu plus que la moyenne (10%). Or, cette tendance n’est pas seulement allemande, elle est européenne. En Hollande, le parti libéral Démocrates 66 est au-dessus de la moyenne parmi les jeunes. En Suède le Parti du Centre libéral a fait un comeback remarqué et le jeunes le préfèrent aux autres plus anciens. Cela s’applique aussi au parti Radikale Venstre et Venstre du Danemark. Quant aux Racines d’herbes et Anarcholibéraux du parti de Pirates de Tchéquie, ceux-là récoltent chez les jeunes deux fois plus de voix que chez leurs aînés. Les Pirates sont actuellement à 19% et pourraient entrer au Parlement de Prague.
Partout en Europe, les grands partis traditionnels du centre droit et du centre gauche perdent du terrain surtout parmi les moins de 29 ans et les moins de 39 ans. C’est avéré en Allemagne, nous l’avons dit, en Autriche, en Bulgarie, au Danemark, en Pologne et en Italie. C’est indéniable que les jeunes votaient depuis une à deux décennies plutôt à gauche, pour les Insoumis en France, les Verts en Allemagne et en Autriche, pour Unidos podemos en Espagne, et en faveur des Verts, des socialistes, du parti de la Protection animale aux Pays-Bas. Mais ils glissent maintenant peu à peu vers les partis libéraux, tels les Neos en Autriche, D66 aux Pays-Bas, les Libéraux modérés et le Centre en Suède, Venstre au Danemark et le FDP en Allemagne. Autrefois, les jeunes étaient scindés entre conservateurs et socialistes. Ils sont divisés maintenant entre Libéraux et Verts. Évidemment un Eco libéralisme, mêlant les deux tendances leur conviendrait mieux. Ils aiment aussi les partis anti-Establishment. En Italie, cela explique aussi les succès du parti Cinq étoiles somme toute  assez indéfinissable.  (Jean-Paul Picaper, 30/09/2021)

1. Avant les présidentielles françaises du 10 et du 24 avril 2022

Le surprenant Éric Zemmour : un séisme politique en France

Une explosion de dynamite a perturbé la campagne présidentielle en France. Dans le camp anti-Macron, certains vieux gaullistes rêvaient de l’homme providentiel qui allait, tel De Gaulle, sauver la France. Leur candidat s’appelait Xavier Bertrand, président de la Région Nord. Des gaullistes plus jeunes cherchaient la femme providentielle en Valérie Pécresse, présidente de la Région parisienne. Et les gaullistes ralliés à l’Europe voyaient le salut en Michel Barnier, ancien commissaire européen.
Or, un homme nouveau a tout balayé : le journaliste, auteur et polémiste sans parti Éric Zemmour. Il se classe depuis le 5 octobre dans les sondages à 17%-18%, en tendance ascendante, second derrière le président en titre, Emmanuel Macro, dominant mais bloqué à 25% des intentions de vote depuis longtemps. Zemmour est le seul candidat en dynamique comme Macron l’était en 2017 avant son élection surprise. Les présidentielles sont encore loin, mais il a des chances de participer au duel télévisé et électoral du Second tour avec Macron. Ce qui pour le président en titre changerait gravement la donne.
Zemmour chasse sur les terres de presque tous les autres partis en pénétrant par toutes leurs failles et en les faisant apparaître comme ringards, ce qu’ils sont en effet. Ce petit et fluet bonhomme à l’air ascétique, mais tout à fait normal, marié une avocate connue, mère de ses trois enfants âgés de 24 ans, 23 ans et 17 ans, s’est fait un renom comme rédacteur et commentateur audacieux et hyper cultivé dans les journaux et chaînes les plus remarquables dont « Le Figaro » et « Cnews ». Il a une mémoire prodigieuse et son QI est aussi exceptionnel au moins que celui de Macron. Son avant « Le suicide français » s’est vendu à 300 000 exemplaires et son tout dernier « La France n’a pas dit son dernier mot » en deux semaines à 400 000 exemplaires. Il casse toutes les normes et brise tous les tabous. Il s’est défait de la muselière du politiquement correct. Il dépasse l’ultra-droite de Marine Le Pen sur sa droite. Il est plus gaullien que les gaullistes. Il est anti-centriste.
Mais la gauche n’a pas prise sur cet anti-bourgeois, descendant d’immigrés d’origine berbère, élevé pourtant par ses parents dans la religion juive, mais profondément laïc, issu d’un milieu plus que modeste, mais diplômé du prestigieux Institut d’Études Politiques de Paris. La candidate socialiste Anne Hidalgo, mairesse de Paris, se dit « dégoûtée jusqu’à la nausée » par es arguments de Zemmour et le centriste rallié à Macron François Bayrou a déclaré qu’ils étaient « du poison ». Ses déclarations ? Ce sont des anathèmes, ce ne sont pas des arguments. Zemmour profite surtout du naufrage de la droite gaulliste classique, celle des Xavier Bertrand et autres, qui n’ont plus aucune chance de conquérir la présidence, et plus encore de celui de la gauche, celle d’Anne Hidalgo, (socialiste) et de Yannick Jadot (Verts) qui se dispute le leadership, mais ne pourra jamais dépasser in fine 30% des voix même en faisant bloc.
Zemmour dit ce que beaucoup de Français pensent mais, selon lui, n’osent pas dire : « En 2050, nous serons un pays à moitié islamique. En 2100 une République islamique » ; « La France est assiégée par une autre civilisation contre laquelle elle est en guerre depuis mille ans » ; « L’islam est incompatible avec la France. C’est une autre civilisation qui vise à nous coloniser » ; « Je pense que le rap est une sous-culture d’analphabètes » ; « Un Français ne doit pas avoir le droit d’appeler son fils Mohammed » ; « La guerre civile a commencé. Les Français quittent les banlieues qui ne leur appartiennent plus. C’est un signe de guerre civile. Vous, vous confondez la paix et le pacifisme. Le pacifisme, c’est se soumettre à l’ennemi » ; « L’extrême-droite, c’est ce qui veut détruire la République. Je ne combats pas la République. La République c’est la civilisation » ; « Quand on est patriote on défend son pays » ; « Emmanuel Macron veut construire une défense européenne. Mais aucun autre pays européen ne partage cette idée. Ils ne veulent être défendus que par l’OTAN, c’est à dire par l’armée américaine ». En matière européenne, Zemmour et proche du Premier ministre hongrois, Olivier Orban, auquel il rendu visite au début d’octobre 2021.
Évidemment ses diagnostics sont iconoclastes, mais ils ne sont pas farfelus. Il a des solutions, mais il n’en parle pas encore. Ce n’est pas son sujet, assure-t-il. Il se place à un autre niveau, à celui des enjeux majeurs. Ce qui distingue surtout le franc-tireur Zemmour des autres candidats, comme il le dit lui-même, c’est qu’il parle de l’avenir de la France et non pas de demi-mesures programmatiques. Il a une vision d’avenir, à dix ans et plus. Un politologue l’a qualifié de « gigantesque lanceur d’alerte ». (J.-P. P.-07.10.2021)

Élections présidentielles en France : Macron attend son heure

La course aux présidentielles en France a démarré bien qu’on toi encore à plus de six mois des échéances électorales (le 10 et le 24 avril 2022). Mais comme dans tous les principaux pays européens, les grands partis traditionnels du centre droit et du centre gauche reculent. Et c’est pour Emmanuel Macron qui a fondé un mouvement centriste au-dessus des partis, plutôt favorable. Comme l’indique le sociologue politique Jérôme Fourquet  « la gauche et la droite se sont effondrées car les soubassements  socioculturels  sur lesquels elles s’appuyaient ont été bouleversés. » Il indique aussi que « l’horizon des individus s’arrête à la recherche du bonheur individuel « et que l’on assiste à un retrait sans violence : tout comme one ne va plus à l’église, on ne va plus voter. La vraie vie et ailleurs ».
La droite classique incarnée par les néogaullistes est terriblement fragmentée et en net recul. Pour le moment seul un homme émerge un peu, Xavier Bertrand, le président de la région du Nord « Hauts-de-France « qui surfe sur trois slogans : rétablir l’autorité de l’État ; le prestige du travail ; et les territoire (le mot est inexact : il veut dire les régions). Il devance dans les sondages sa principale concurrente dans son propre parti, Valéry Pécresse, la présidente de la Région Ile-de-France, autour de Paris. Celle-ci n’a pas encore dit tout ce qu’elle a à dire. Elle a aussi l’avantage d’être une femme, mais quand on voit les malheurs d'Annalena Baerbock en Allemagne, ce n’est plus nécessairement un atout.
Toujours est-il que le parti néogaulliste (les Républicains LR) départagera les candidats de la droite nationaliste, tandis que Bertrand refuse de se plier à la règle du parti. Cela peut jouer contre lui mais aussi pour lui. A l’extrême droite le Rassemblement National de Marine Le Pen est en perte de vitesse parce qu’elle a désormais un concurrent qui se dit lui aussi « républicain » malgré les étiquettes de racisme, de fascisme qu’on lui accole : le franc-tireur Éric Zemmour, un journaliste et auteur de livre s politiques à succès. Il prendra aussi des voix à Bertrand qui n’a pas encore gagné contre Macron qui n’a pas encore déclaré qu’il était candidat à sa propre succession, mais naturellement est omniprésent sur le terrain, dans les médias et au palais Présidentiel.
Le camp gouvernemental serait en voir de création d’un grand parti centriste autour de Macron, avec le soutien de François Bayrou qui a toujours prêché la modération au centre et que le président Macron a eu l’adresse d’intégrer dans l’appareil gouvernemental à un poste de conseil seulement, certes, mais de réflexion et de projection. S‘ajoute que son ancien Premier ministre Édouard Philippe s’est prononcé en faveur de Macron au lieu de le concurrencer. Avec 40% d’avis favorables contre 53% de défavorables, Macron est en meilleure posture que ses prédécesseurs à la présidence de la France. Sarkozy était en 2012 à seulement 35% d’avis positifs et François Hollande n’était en 2016 qu’à 15 % d’avis favorables contre 80 % de défavorables. Il ne s’est pas présenté aux élections de 2017et Macron a gagné.
Macron en tout cas n’a pas grand-chose à craindre sur sa gauche. Sa concurrente socialiste, la maire de Paris Anne Hidalgo, recule. Pourtant le représentant de l’appareil du Parti des Verts et de l’écologie classique qui a été élu candidat  aurait pu la seconder. Mais ce sera pour lui l’occasion de s’affirmer candidat de la gauche, avec  aucune chance d’être présidentiable. Quant à l’extrême gauche néo-communiste d Jean-Luc Mélenchon, elle fatigue et n’a aucune chance. D’ailleurs, le tout petit parti communiste s’est rallié à Mme Hidalgo. Macron attend son heure. Ses deux prédécesseurs, Sarkozy et Hollande n’avaient pas été réélus pour un second mandat. Mais il est encore en position de force. Il aura pour lui aussi l’Europe, surtout si Olaf Scholz a pu former d’ici là son gouvernement comme c'est probable. La France est en présidence de l’Union Européenne de janvier à juin 2022 et on devra tirer les leçons de la Conférence sur l’avenir de l’Europe que Macron avait lancée dès le début de son quinquennat et qui le mettra en vedette. (J.-P. P., 5.10.21)

2. Après les législatives en Allemagne du 26 septembre 2021

Le gagnant sera le vainqueur

L’Allemagne donne le « la » dans le concert européen. La France le « la majeur »et les mélomanes du chœur européen chantent généralement à l’unisson, sauf deux ou trois qui émettent un « la mineur » discordant. Ainsi fonctionne l’Europe.
Aussi les législatives allemandes du 26 octobre dernier sont-elles importantes pour l’avenir de l’Union Européenne qui est le premier souci de notre association strasbourgeoise « C l’Europe ». Incontestablement, le social-démocrate (SPD) Olaf Scholz a mathématiquement remporté ce scrutin. De gagnant il va devenir vainqueur, c’est-à-dire chancelier.
La mascarade de son adversaire chrétien-démocrate (CDU/CSU) Armin Laschet qui prétendait au titre de chancelier malgré son mauvais résultat, « relevait d’une perte de réalité et de l’hystérie » (selon les termes du quotidien conservateur « Die Welt » le 29 septembre). « La majorité, c’est la majorité », avait dit un jour un social-démocrate (SPD), Gerhard Schröder, qui avait lui aussi oublié en 2005 qu’il avait perdu l’élection. Il prétendait devenir chancelier alors qu’il était en minorité derrière Merkel.  
Laschet (24,1% des suffrages) n’est pas seulement à 1, 1 point derrière Scholz (25,6%). Il a infligé à son parti la CDU une dégringolade inédite (un recul de 8,6% des voix, alors que le SPD a grimpé de 5,21%) qui l’a faite chuter au plus bas niveau de son histoire. Sa défaite et sans précédent. Pourquoi avoir choisi le mollusque Laschet alors que la situation sur tous les fronts est grave ? On ne peut-être certain que son rival Markus Söder, chef du parti-frère CSU bavarois, aurait gagné. Toujours est-il que les lendemains de l’élection ont montré que Söder veut la peau de Laschet et qu’il ne le lui pardonnera pas.
Tôt ou tard, la question se posera de savoir pourquoi la CDU avait empêché la candidature d’Annegret Kramp-Karrenbauer, la favorite de Mme Merkel. Cette ancienne ministre-présidente CDU de la Sarre aurait certainement mieux réussi que Laschet. Mais Mme Merkel avait dû la reléguer au poste ingrat de ministre de la Défense sous la pression de son parti.
AKK, comme on l’appelle en remplaçant son nom impossible par ses initiales, est très francophile. Elle a rendu le français obligatoire à l’école, elle l’a établi deuxième langue administrative de son Land et a noué des liens forts avec la Lorraine,
Le ministre-président rhénan Laschet, lui, est l’ami de Xavier Bertrand avec lequel il a conclu un accord de coopération interrégional. Sa défaite et sa honte ne sont pas une bonne affaire pour le candidat gaulliste à la présidence en France qu’est Bertrand.  (J.-P. P., 29 septembre 2021)

Et l’Europe dans l’Allemagne d’après Merkel ?

Il n’y a pas plus pro-européen que le futur chancelier allemand Olaf Scholz. Social-démocrate sérieux et modéré, incarnant la stabilité et la prévisibilité, qui plus est, originaire de Hambourg, ne vous rappelle-t-il pas quelqu’un ? Bien sûr : son modèle social-démocrate hambourgeois Helmut Schmidt, chancelier allemand e 1974 à 1982.
Schmidt est décédé en 2015 à presque 97 ans. Président français de 1974 à 1981, Giscard d’Estaing est mort en 2020 à 94 ans. Leur époque avait été le grand tournant vers un Union Européenne respectée hors d’Europe. A l’échelle de l’Histoire, ce n’est pas loin de nous bien que les choses aient fortement changé entre-temps. Gageons qu’Emmanuel Macron et Olaf Scholz pourront former dans les années 2020 un tandem européen rappelant le duo légendaire Valéry Giscard d’Estaing – Helmut Schmidt qui a, dans les années 1970, tant fait avancer l’Europe.
En Allemagne, c’est essentiellement la chancellerie qui décide en matière européenne, comme en France la présidence. Ce mécanisme du pouvoir est conforté par le fait que les chefs d’État et de gouvernement ont la parole au Conseil européen qui se réunit au moins deux fois par an à Bruxelles où il dispose désormais d’une institution permanente. Certes, les présidents et chefs de gouvernements des États-membres de l’Union Européenne, s’assoient à la table bruxelloise avec leurs ministres des Affaires étrangères mais ces derniers n’y sont que les brillants seconds.
Normalement, en Allemagne, les Affaires étrangères tombent dans l’escarcelle du parti de la coalition gouvernementale qui a obtenu le second score aux élections. Ce sont les Verts. Mais ceux-ci veulent créer et obtenir un Superministère de la politique climatique. Sans doute ne pourraient-ils gérer les Affaires étrangères contre la volonté des deux autres partis, car ils sont, quant à eux, réfractaires à une Realpolitik intégrale. Ils sont contre la signature à l’aveugle de l’accord d’investissement libéral en Chine (le CAI) et contre l’ouverture inconditionnelle du gazoduc russe dans la Baltique, le Nord-Stream. Cela ne peut se faire, selon eux, sans que ces deux puissances respectent les droits de l’homme.
Quant au troisième parti de la probable future coalition gouvernementale à trois, SPD (social-démocrate)-Verts (Grüne)-libéraux (FDP), les Libéraux donc, leur chef, Christian Lindner, veut obtenir le ministère des Finances et non les Affaires étrangères. Pour tenir les cordons de la bourse en Europe, craignant du gaspillage au profit des canards boiteux. Ceci dit, le chancelier Scholz, favorable à ml mutualisation des dettes européennes, ne sera pas toujours d’accord avec eux.
L’idée que partagent ces trois partis avec l’opposition CDU-CSU et qui sans doute exclura une coalition de gauche (avec le parti néo-communiste Die Linke au lieu des Libéraux), est leur attachement au partenariat transatlantique avec les Américains. Mais ils sont tous en faveur du renforcement de la Défense européenne dans le cadre de l’OTAN, les Verts restant légèrement antimilitaristes.
Député européen de 2004 à 2017 et membre du Bundestag allemand depuis 2017, le Libéral Alexander Lambsdorff recommande la création d’un Conseil National de la Sécurité comme il en existe dans d’autres pays. Et cela, en tirant la leçon de ce qui vient de se produire en Afghanistan. (J.-P. P, 29/09/2021)

Le programme de politique européenne des Verts  allemands - Un bilan
 
Une participation du parti des Verts allemands (Bündnis 90/DIE GRÜNEN) au gouvernement allemand après les élections du Bundestag le 26 septembre prochain n'est pas exclue malgré leur baisse constante dans les sondages. Les augures s'orientent vers la candidate principale, bien qu'Annalena Baerbock soit de plus en plus controversée, comme possible vice-chancelière et (ou) ministre des affaires étrangères, ce qui la mettrait en charge de l'Europe. Cela, ainsi que le fait que les Verts se considèrent comme particulièrement cosmopolites, incite à poser la question suivante : quel rôle joue l'Europe dans le programme électoral des Verts allemands pour 2021 ? Notre analyse se fonde sur la version figurant sur le site web du parti des Verts qui n'a pas encore été finalisée rédactionnellement.
En tant que chapitre distinct dans leur programme, l'Europe ne joue pas un rôle très important. Le chapitre Europe n'est pas long et vient avant la section internationale à la fin du texte. Cela peut s'expliquer, premièrement, par le fait que la politique étrangère et les affaires internationales ne sont pas porteuses de victoire électorale. Mais cela peut, secondairement, exprimer un certain manque d'enthousiasme pour l'acquis communautaire et la structure institutionnelle de l'Union Européenne. Troisièmement, il peut s'agir d'un symptôme révélateur de l’idée que les Verts se font d’eux-mêmes, à savoir qu’ils sont un parti à enjeu unique. Ce qui est étonnant, étant donné leur ambition de gouverne. Tout est subordonné à leur objectif d’abaisser de 1,5 ° la température et à la politique climatique. Il est donc d'autant plus surprenant que le "Green Deal" de la présidente de la Commission, Mme von der Leyen, ne soit mentionné que de manière relativement superficielle, avec la déclaration d'intention de "lui donner une forme ambitieuse". Certes, les références à l'UE sont parsemées dans d'autres parties du programme - nous devrons y revenir.
En effet, près de trois pages placées sous le mot d’ordre "Nous continuons à construire l'Europe" sont consacrées à la tâche de "façonner démocratiquement l'avenir de l'UE" (page 108 et suivantes). L'Allemagne (associées à la France) a une "responsabilité centrale et historique" à cet égard. Les décisions à la majorité comme contre-mesure aux "intérêts individuels nationaux" et le renforcement du Parlement européen sont les moyens privilégiés. Jusqu'ici, tout va bien. En effet, l'acceptation par l’opinion publique des actions de l'UE dépend dans une large mesure du sentiment de légitimité démocratique qu’elles dégagent. Et c'est là que le Parlement a un rôle clé à jouer. D'autant plus que - et c'est le paragraphe le plus remarquable - l'intention est d'ouvrir la voie à une "République fédérale européenne". Bravo à cette grande vision et à l'étape qui y mène, l’évolution de la citoyenneté européenne vers une authentique "citoyenneté ". Toutefois, d'un point de vue réaliste, il est probable que cet objectif sera, au mieux, à long terme.
Cet engagement clair en faveur des processus parlementaires au niveau de l'UE, il convient de le noter ici entre parenthèses, ne passe pas inaperçu. Car dans la politique nationale, les Verts parlent d'organes de décision genre conseils de citoyens et de citoyennes. Dans le meilleur des cas, ils accompagneraient et complèteraient les processus décisionnels parlementaires ; dans le pire, ils les retarderaient ou les contourneraient. D’un point de vue théorique en matière de démocratie, ce n'est pas obligatoirement à rejeter, mais il faudrait quand même soumettre cette proposition à la critique. Il en va de même du scepticisme qu’ils affichent à l'égard de la démocratie parlementaire, lequel trouve également son expression dans une déclaration fréquemment citée et extraite d’une interview que le ministre-président du Bade-Wurtemberg, membre du Parti des Verts. Dans le contexte de la crise Corona, il dit "envisager" de changer de "régime politique" pour permettre "des interventions sévères dans les libertés civiles." Une "urgence climatique", que les Verts sont toujours prêts à invoquer, même au niveau local, ne serait-elle pas une base suffisamment sérieuse pour en arriver là ?
Pour le reste, le chapitre européen contient les éléments habituels de la boîte à outils politique des Verts : renforcement des initiatives citoyennes et de l’utilité publique, exigibilité en justice des droits fondamentaux, rejet de la privatisation des entreprises municipales, politique des réfugiés "fondée sur les droits de l'homme", l'Allemagne devant accueillir davantage de réfugiés, normes sociales minimales communes, conditions de travail pour les citoyens de l'Union Européenne, internationalisation de la formation professionnelle et des études, autorité chargée de coordonner les entreprises publiques et privées, etc. Il reprend aussi indirectement l'idée envisagée depuis des années déjà de la création d’un « espace d’information européen » sous la forme « d'une « plateforme médiatique publique européenne », cette proposition n’étant peut-être pas tout à fait désintéressée étant donné que les chaînes publiques allemandes chouchoutent systématiquement les Verts.
Dans le même esprit, en matière de politique intérieure, le programme subordonne tout à rien de moins que la restructuration "socio-écologique" de la société, l'objectif de la politique européenne étant en tout cas de faire une UE qui "pèsera de tout son poids dans la balance contre le changement climatique et la disparition des espèces." Chaque fois qu'il est fait référence à l'UE en dehors du chapitre sur l'Europe, il s'agit le plus souvent de réunir des moyens pour atteindre ce but. Quelques exemples : une taxe européenne sur le kérosène, un système de dépôt sur gages à l'échelle de l'UE, l'élargissement du système d'échange de quotas d'émission de l'UE, des règles antidumping liées aux normes écologiques, une loi sur la chaîne d'approvisionnement à mettre en œuvre au niveau européen, des interdictions d'importation de produits agricoles liés à la déforestation illégale. En d'autres termes, il s'agit souvent de mesures qui mettraient politiquement en œuvre les réserves formulées antérieurement contre les accords internationaux de libre-échange. C’est tout à fait cohérent avec la ligne du parti écologiste, mais pas avec celle de la politique allemande qui a fait la preuve de son efficacité.
Il en va de même des instruments financiers européens. De même qu'en politique intérieure on veut abandonner le cap des zéro dettes et du frein à l'endettement, au niveau européen on s'écarte aussi de la position allemande actuelle en faveur d’une union fiscale. Le projet d’extension de l'Union économique et monétaire européenne à une "Union sociale" ne signifie as autre chose. Le programme fustige le rejet d’une "politique fiscale propre à l'Europe" par "les conservateurs" comme une "erreur". En plus d'un contrôle parlementaire accru, les Verts demandent l'extension du Fonds monétaire européen pour en faire un mécanisme de stabilité. Bien entendu, toutes les mesures de politique monétaire doivent être envisagées à la lumière de la "crise climatique", l'euro étant la monnaie de réserve mondiale pour tous les investissements adéquats. Les ajustements apportés au système d'échange de quotas d'émission, notamment un "ajustement frontalier des coûts du CO2", sont censés faire entrer des fonds dans les caisses de l'UE, mais ils sont versés aux partenaires plus pauvres pour soutenir la décarbonisation.
Apparemment, ils sont toutefois conscients que, comme la majorité des Allemands, la majorité des Européens ne partagent pas cette vision unidimensionnelle, du moins pas à ce point. Par conséquent, les Verts sont raisonnablement favorables à une Europe à plusieurs vitesses et à la coopération renforcée qui a fait ses preuves. C'est aussi pragmatique que judicieux, mais peu réalisable en l'état actuel de l'UE. Cela signifie qu'il est nécessaire d'utiliser l'Union comme écran de projection précisément pour les questions avec lesquelles les Verts allemands ont toujours le plus de difficultés au niveau national, mais qui semblent néanmoins avoir reconnu la nécessité d'un engagement allemand et européen plus fort : la politique étrangère, de sécurité et de défense.
Le service européen d'action extérieure ainsi que la politique étrangère et de sécurité communes doivent à juste titre être renforcés. On peut être d'accord avec cette proposition, mais on peut se demander dans quelle mesure l'ajout de la "sécurité humaine", vaguement définie, n’aboutit pas à une valse-hésitation. Il s’agit aussi de rien moins que de "réaligner " l'OTAN dans un nouveau sens en rejetant catégoriquement la règle des deux pour cent de dépenses en sa faveur (ce qui revient à rejeter nos engagements multinationaux). Le programme exige aussi davantage de coordination de la politique de sécurité. Les politiciens en charge de la sécurité reconnaîtront volontiers cette nécessité. L'objectif (à moyen terme ?) d'une Union de la sécurité de l’Union Européenne dotée dune "structure de commandement commune" qui en découle, il est vrai, apporte au projet l’auréole de l'utopie.
En revanche, le renforcement demandé de l'OSCE et du Conseil de l'Europe avec la participation de tous les États européens ainsi que la formation d'un "système fort de sécurité collective" en Europe de l'Est sont tout à fait souhaitables et compréhensibles. L’exigence d'une expansion rapide de l'UE dans les Balkans va également dans ce sens. Très bien jusque là. Mais ces bonnes intentions contrastent avec le ton, certes justifié, mais quand même étonnamment sévère à l'égard de la Russie (et, dans une moindre mesure, de la République populaire de Chine). Il est difficile de se défaire de l'impression que l'intention est ici de repousser délibérément des domaines problématiques ad calendas graecas parce qu'on ne veut pas vraiment les traiter - peut-être parce qu'ils menacent de diviser le parti, au sein duquel une minorité importante voulait sérieusement utiliser le mot "Allemagne" à la place du nom de l'État (à savoir la République fédérale d’Allemagne) que l'on prétend vouloir gouverner.
Que faut-il en conclure ? Les Verts sont tout sauf anti-européens, ce dont il faut se réjouir. La connotation européenne imprègne presque tous les domaines du programme. La politique européenne devient, en quelque sorte, une politique intérieure européenne. Malheureusement, le niveau supranational n'est trop souvent qu'une rallonge de la douce main de l'État-nounou écosocial vers lequel tend tout la politique intérieure évoquée dans le programme. Les objectifs réalistes ne se marient pas toujours harmonieusement avec les objectifs irréalistes. Les connaissances techniques ou les idées créatives ne manquent pas, mais cela manque de largeur de vues. Au lieu de l'unité dans la diversité, il s'agit plutôt de la polyvalence dans l'unidimensionnalité, avec une conviction presque chiliastique d’être les seuls à connaître la bonne voie vers l’avenir. (Dr. Ulrich Strempel, "C l'Europe", Berlin. 5.07/2021)

Allemagne : l’ultra-droite trépigne mais fait du surplace

Malgré des manifestations parfois musclées, des protestations véhémentes et de nombreux écrits dénonçant les atteintes aux libertés perpétrées par une chancelière parfois trop zélée, parfois à la traîne dans la lutte contre la pandémie, l’AfD (Alternative für Deutschland) , fer de lance de l’ultra-droite allemande ne décolle pas à six mois des législatives. Peut-être a-t-elle enfourché le mauvais cheval.

Comme en France, le ras le bol des confinements successifs et des limitations diverses se manifester, surtout chez les jeunes, mais ces mesures fatiguent et dépriment plus qu’elles exaspèrent et affolent. Une fois de plus, les Allemands s’avèrent raisonnables et modérés. Ils n’ont pas envie de changer de régime politique et ils voient que les contraintes qu’on leur impose ciblent le virus sans intention aucune de démonter la démocratie.

L’AfD prétend le contraire et cherche à se tailler une réputation d’avocate des libertés, mais beaucoup trop de médias, ces médias qu’elle accuse de mensonge, ont dénoncé le loup déguisé en berger qu’elle est, pour n’avoir pas été entendus. A son dernier congrès il y a un mois au palais des expositions de Dresde, elle s’affichait comme « normale ». Jusque dans le titre du programme électoral adopté : « L’Allemagne, mais normale ». Le mot était partout et, pour le prouver, les 600 délégués n’étaient pas contraints de porter le masque et il n’y avait pas de tests à l’entrée.

L’AfD veut en vrac le retour au service militaire obligatoire, aux contrôles aux frontières, au nucléaire, l’abandon du programme d’arrêt du charbon et l’interdiction des minarets… Quant à la lutte contre le réchauffement climatique, elle a été vite évacuée : « l’histoire de l’humanité a toujours démontré que les périodes chaudes vont de pair avec un épanouissement de la vie et de la civilisation ». Tout cela est un peu hétéroclite et ce sont plutôt les questions de personne qui dominent la vie de l’AfD. « Le parti ira peut-être aux élections avec une unité de façade, mais une scission semble inévitable d’ici la fin de l’année », analyse le politologue Albrecht von Lucke.

Car voilà des mois maintenant que le parti n’a plus rien de normal. Les services de r enseignement intérieurs étudient la possibilité de le placer sous surveillance. Plusieurs élus régionaux et la branche jeunesse le sont déjà. Officiellement la mouvance la plus radicale, « l’Aile », patriote tendance nationale-sociale, a été dissoute l’an dernier. Mais ses leaders défilaient néanmoins à la tribune, en rang serrés derrière le n°1 du parti en Saxe, Tino Chrupalla. L’ancien protégé de l'Américain Steve Bannon veut être désigné « candidat de tête » pour les législatives. Le congrès a préféré reporter cette décision, trop explosive. En attendant, Chrupalla organise la fronde contre l’actuel président du parti Jörg Meuthen jugé trop modéré car il a exclu plusieurs élus pour sauver l’image fréquentable de l’Alternative. Une erreur selon le tribun saxon : « Nous avons atteint notre réservoir de voix venues du camp conservateur et libéral. Désormais il faut viser les abstentionnistes.

Forts de leurs résultats électoraux (autour de 20% en moyenne avec des bastions à 40%), les délégués d’Allemagne de l’Est veulent en découdre contre l’esprit des fondateurs de l’AfD, né en 2013 de l’opposition d’économistes et d’universitaires ouest-allemands aux plans de sauvetage de l’Euro. Une ligne, qui se présente comme « républicaine et libérale », mais qui ne rassemble plus que 5-10% des voix. Lors des élections régionales dans le sud-ouest mi-mars, l’Afd a perdu un tiers de ses électeurs. A l’inverse, le camp de l’Est propose une alternative « venue de la rue », populiste donc, qui cherche une confrontation dure avec les partis de gouvernement. Loin des espoirs de dédiabolisation du clan de Meuthen, ils assument dérapages fascisants, rapprochement avec les néonazis et discours complotistes. « Ce sont des grande-gueules limitées intellectuellement », critique un proche de Meuthen. « Nous sommes les vrais représentants du peuple. Suivez notre ligne, fissa ! », réplique anonymement un élu de Thuringe dans un forum de délégués.

Ces luttes intestines plombent le parti pour qui la pandémie aurait pu être une aubaine. Les difficultés du gouvernement à gérer la crise n’ont pas profité à l’AfD. Ni l’essor du mouvement de contestation des mesures sanitaires, actif partout dans le pays, et qui partage souvent les idées de l’extrême-droite. En un an, l’AfD est passé de 14 à 11% des intentions de vote. (Hélène Kohl, correspondante à Berlin, 20/04/2021)

3. L'Europe vue d'Autriche

Budapest-Bruxelles: un nouvel équilibre - le point de vue de Vienne

Une loi hongroise visant à protéger la famille est soi-disant contraire aux valeurs européennes. Elle est devenue un objet de scandale alors qu’elle n’est pas d’une importance extrême. D'autres idées de politique européenne émanant de Budapest sont beaucoup plus dangereuses pour l'unification européenne.

La Hongrie est une fois de plus au pilori. À cause d'une nouvelle loi censée protéger la famille et qui, par exemple, attribue clairement l'éducation sexuelle des enfants à la responsabilité des parents. La loi est discriminatoire et viole les principes de l'État de droit, affirment ses opposants. Jusqu'à présent, ils n'ont fourni aucune preuve de cela. La Commission européenne a maintenant engagé une procédure d'infraction, qui permettra probablement de déterminer si et comment les normes européennes sont violées (ou non) par cette loi. Dans tous les cas, l'histoire de la discrimination ne peut pas être entièrement vraie. La parade Gay Pride à Budapest s'est déroulée sans problèmes, et les couples de même sexe peuvent se pacser en Hongrie.

La raison pour laquelle une loi visant à protéger la famille devrait être une violation des valeurs européennes, voilà qui reste un mystère. Après tout, la famille est le noyau de la société avant l'État (tant en termes de temps et d'histoire - il y avait des familles avant l'existence de l'État - qu'en termes d'organisation - la famille n'est pas une institution de l'État-nation).

Le conflit n'oppose pas non plus l'Europe occidentale et l'Europe centrale, même si certains le présentent aujourd'hui comme une nouvelle division entre l'Est et l'Ouest. Cette légende est répandue par des idéologues qui l'utilisent pour se présenter comme victimes de l'oppression de l'Europe de l'Est par l'Europe de l'Ouest afin d’ccréditer l’idée qu’ils seriaent les seuls (et aussi les derniers) à défendre les vraies valeurs de l'Europe. Il s'agit plutôt d'un conflit entre des idéologies qui, en fin de compte, veulent saper l'État de droit et lui imposer leur vision idéologique. L'essence de l'État constitutionnel libéral n'est précisément pas l'application par l'État d'une certaine idée du bonheur et du bien-être. La tâche de l'État de droit libéral est de garantir la justice et la liberté ! Tout comme il existe en Europe occidentale de nombreuses personnes qui défendent la famille (traditionnelle) et vivent cet idéal, il existe également des représentants du mouvement LGBTIQA en Europe centrale et orientale.

C’est donc totalement absurde que le débat sur l'Europe, sur les valeurs européennes, ne porte que sur les préférences sexuelles. C'est un gigantesque pas en arrière dans la civilisation. L'homme, par son esprit, s'est élevé au-dessus de l'instinct de l'animal (ou a été créé ainsi). Mais peut-être certains croient-ils vraiment que c'est en débattant de questions sexuelles que l'Europe pourra écarter les dangers qui émanent de Pékin et de Moscou. Toujours est-il que les politiciens de ces pays doivent mourir de rire en apprenant de telles absurdités.

Avec une loi pour protéger la famille, Viktor Orban ne deviendra certainement pas un danger pour l'Europe. Et plus il est critiqué pour cette politique par Ursula von der Leyen, Mark Rutte ou Karoline Edtstadler, plus il est certain d'être réélu aux élections hongroises de l'année prochaine.

Ceci dit, ce serait erroné d'absoudre de manière générale Viktor Orban et les membres et sympathisants de son parti. Car sur de nombreux points, le gouvernement hongrois mène une politique qui constitue un énorme pouvoir de sape pour l'unification européenne. Le plan en 7 points, qui a fait l'objet d'une publicité dans plusieurs quotidiens de différents pays de l'UE (en Autriche dans "Die Presse") au début du mois de juillet, en est un exemple. Une réduction de l'intégration européenne à une pure coopération intergouvernementale, dans laquelle tout serait réduit au plus petit dénominateur commun, serait probablement bien accueillie à Moscou et à Pékin. Mais l'Europe - et donc aussi les États qui propagent cette régression vers le nationalisme - serait perdante.Un des objectifs est de supprimer l’élection directe au Parlement européen. Sans elle, Otto von Habsburg ne serait probablement jamais devenu membre de cette représentation populaire européenne où il a d'ailleurs beaucoup fait pour la Hongrie en particulier.

Le plan en 7 points de Viktor Orban sur l'avenir de l'Europe
Les propositions hongroises
1. Bruxelles construit un super-État que personne n'a autorisé. Nous disons non à l'empire européen.
2. L'intégration est un moyen et non une fin en soi. Par conséquent, l'objectif d'une "union sans cesse plus étroite entre les peuples d'Europe" doit être supprimé des traités fondamentaux de l'Union européenne.
3. Les décisions doivent être prises par des dirigeants élus et non par des organisations non gouvernementales (ONG). Nous disons non à l'externalisation de l'État de droit.
4. La puissance de l'intégration européenne vient de la réussite économique partagée. Si nous ne pouvons pas être plus performants ensemble qu'individuellement, alors c'est la fin de l'Union européenne.
5. La prochaine décennie sera l'ère des défis dangereux. Les migrations massives et les pandémies sont imminentes. Nous devons protéger le peuple européen.
6. Nous devons restaurer la démocratie européenne. Le Parlement européen s'est révélé être une impasse. Il ne représente que ses propres intérêts idéologiques et institutionnels. Nous devons accroître le rôle des parlements nationaux.
7. La Serbie doit être admise en tant qu'État membre de l'Union européenne.
Signé : Viktor Orban

Ce plan soulève la question fondamentale de savoir ce que Viktor Orban veut vraiment. Il est logique qu'un politicien aime être sous les feux de la rampe et être un interlocuteur recherché. Tout comme, d'ailleurs, il aspire au pouvoir. Ce n'est que récemment que Viktor Orban a fait des déclarations qui font apparaître plus clairement son véritable objectif. Un diplomate hongrois en poste à Vienne a fait remarquer un jour, lors d'une conversation personnelle, que pour comprendre Orban et sa politique, il fallait se pencher sur l'histoire de la Hongrie. Et pas au 20e siècle, mais au 19e siècle. Cela nous ramène à la révolution nationale hongroise de 1848 et au Compromis hongrois de 1867.

Dans une longue interview accordée au portail slovaque Postoj.sk, que l'on peut également lire en allemand dans « Magyar Nemzet », M. Orban interprète l'Union européenne comme suit : "Jusqu'à présent, l'Union européenne tournait autour d'un axe franco-allemand, en mode de coopération bipolaire. Ce à quoi nous aspirons aujourd'hui, c'est une Europe qui comptera un troisième pôle d'ici 2030 : l’Europe centrale, c'est-à-dire le V4". (V4 désigne les quatre États de Visegrad : Pologne, République tchèque, Hongrie et Slovaquie, note). Outre le fait que le terme "Europe centrale" est ici mal utilisé (l'Europe centrale n'est pas une construction de l'État-nation, l'Europe centrale a été détruite par l'État-nation), cette déclaration (qui, soit dit en passant, a également été diffusée dans les émissions de l'ambassade de Hongrie le 19 mai 2021) montre que la pensée d'Orban est manifestement ancrée dans un vieux style de politique hégémonique. Dans cette conception, il revendique pour lui-même être un pilier du pouvoir hégémonique.

C'est donc la revendication d'un nouvel équilibre hongrois qui est propagée ici. Dans le cas concret, le problème pour le leader hongrois n'est plus Vienne, comme au temps jadis, mais Bruxelles. Ainsi, dans la publicité déjà citée, Bruxelles est accusée de mettre en place de son propre chef un super-État. "Nous disons non à un empire européen", a formulé Orban. Le fait que "Bruxelles" ne peut agir que si les États membres le lui permettent,est délibérément occulté.

Ce n'est donc pas une loi de protection des familles qui détruit l'identité de l'Europe, mais la poursuite d'un nouveau règlement hongrois qui limite la capacité d'action de l'Europe et sert ainsi les puissances non européennes. Ce qui est honteux dans la politique européenne, c'est que cette menace n'est abordée par aucun politicien. (Rainhard Kloucek, Secrétaire général de Paneurope Autriche, 27 juillet 2021)

Une déclaration de Paneurope Autriche à l'occasion de la Fête de l'Europe le 9 mai 2021

Le projet de la Paneurope en résumé : la liberté, l'État de droit, la souveraineté européenne en matière de politique étrangère et une réduction de la dette dans la zone euro, a pour but de renforcer l'Europe en tant que telle. Nous traçons une perspective claire pour les six États de l'Europe du Sud-Est dont l'avenir est crucial pour consolider notre politique étrangère.
La Conférence sur l'avenir de l'Europe sera (a été) officiellement lancée le 9 mai 2021. En tant que plus ancien mouvement d'unification européenne, fondé en 1922, nous nous préoccupons depuis près d'un siècle de l'amélioration constante de l'Europe. Dans son discours sur l'avenir de l'Europe en janvier 2021, Karl de Habsbourg, président du Mouvement paneuropéen d'Autriche (il est publié périodiquement dans notre rubrique C l'Europe ci-dessus, ndlr), a fait référence à quatre éléments fondamentaux du renforcement de l'Europe : La liberté, l'État de droit, une souveraineté européenne en matière de politique étrangère et un désendettement de la zone euro.
"Nous ne devons pas oublier, a déclaré M. Habsbourg, que la question de la sécurité a été à l'origine de l'unification européenne. Nous avons enfin besoin d'initiatives audacieuses pour une véritable politique étrangère et de sécurité européenne qui permettra à l'Europe d'agir en tant qu'entité politique dans les multiples conflits géopolitiques." Dans ce contexte, le président de Paneurope Autriche, a rappelé les défis posés par les politiques des puissances extérieures régionales et mondiales.
Ce sont les questions que la Paneurope abordera spécifiquement l'année prochaine à l'occasion du 100ème anniversaire de sa fondation.
Pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie de Corona, Rainhard Kloucek, secrétaire général du Mouvement paneuropéen Autriche, a mis en garde contre une rechute dans les doctrines protectionnistes. "Si nous cherchons des exemples de reconstruction, prenons la politique du miracle économique. La liberté d'entreprendre est la meilleure recette pour un nouvel essor. La politique n'intervient pas, elle fixe les conditions cadres et crée la sécurité juridique." Pour le secrétaire général paneuropéen, cela implique également un engagement en faveur du libre-échange et de l'achèvement du marché intérieur.
Selon le président des Jeunes Paneuropéens d'Autriche, Philipp Jauernik, agir en tant qu'acteur géopolitique nécessite une offensive d'élargissement audacieuse vers l'Europe du Sud-Est. "Pendant trop longtemps, les pays dits des Balkans occidentaux ont été repoussés encore et encore par des promesses. Ce dont nous avons besoin ici, c'est d'une politique offensive de l'UE pour exporter la stabilité dans une région encore troublée et également contestée. Plus la pression d'une politique étrangère de l'UE est forte, plus la pression des populations de ces pays sur leurs gouvernements est forte pour faire avancer les étapes de réforme nécessaires - et ce pour la promotion de l'Etat de droit et de la lutte contre la corruption." La libéralisation des visas pour les citoyens du Kosovo, promise de longue date, fait partie de cette politique au même titre que la perspective d'adhésion de l'Ukraine, a-t-il déclaré.
"Avec les quatre libertés fondamentales, les droit de l'homme, les principes de l'État de droit", a déclaré Stefan Haböck, responsable international de Paneurope Autriche, "l'UE dispose d'une base solide en matière de libertés civiles et de droits fondamentaux. Il faut les renforcer." Il faut mettre un terme à l'expansion de la surveillance de masse par l'État, notamment grâce aux nouvelles possibilités numériques. Haböck met également en garde contre un renforcement des tendances nationalistes et centralisatrices et souligne le rôle important des régions et des municipalités, mais aussi de chaque citoyen, dans le sens de la subsidiarité européenne.  (Philipp Jauernik, Stefan Haböck, Rainhard Kloucek .Vienne. 9.5.2021