C l'Europe



1. Rencontre en numérique du 23 mai 2021

2. C l'Europe. Conférence Paneuropéenne de Strasbourg – Es ist Europa –  It is Europe
3. Rebondir et reconstruire : après le décès accidentel d'Olivier Dassault

Une conférence dématérialisée

La « Conférence Paneuropéenne de Strasbourg »,"C l'Europe", a organisé un échange de vues « dématérialisé » en vidéo-conférence le 23 mai dernier. Les restrictions de transit des frontières excluaient un colloque "en  présentiel » pour nos amis allemands, autrichiens, ukrainiens, suédois, géorgiens. Nous nous sommes donc entretenus « en distanciel". Après un exposé récapitulatif  au bout de sept mois et demi de fonctionnement sans  problèmes prononcé sur "zoom" par Jean-Paul Picaper, coordinateur de l'association, Mélanie Bretel-André, professeur d'allemand à Strasbourg et membre de notre Comité consultatif, a pris ensuite la parole pour parler d'un des plus célèbres ouvriers de l'Europe, l'écrivain alsacien trilingue André Weckman. Elle a présenté un film dans lequel ce regretté pionnier de l'Union Européenne explique son destin et celui de l'Alsace. Nous mettrons en ligne dans un proche avenir des extraits commentés de ce film. 

Voici le récapitulatif du départ dans la vie de notre association:

Chères amies et chers amis,

Nous utilisons, voyez-vous, un nouveau langage, "présentiel", "distanciel", "dématérialisation", "vidéoconférence", etc. C'est un « newspeak » qui n'était pas usuel il y a deux ans seulement. Toujours est-il que nous ne nous sommes pas rencontrés physiquement depuis des mois  et que c’est un plaisir de nous retrouver à quelques unes et quelques uns à l’écran malgré les contraintes encore en vigueur.

Vous savez que nous avons décidé d'effectuer toutes nos opérations gestionnaires et administratives "en distanciel" numérique pour économiser du temps, de l'argent et de la fatigue. En revanche, nous nous rencontrerons"en présentiel" pour échanger des idées, des connaissances et visiter des lieux politiques, culturels et scientifiques. Néanmoins, nous espérons nous rencontrer à Strasbourg à l'automne 2021 et reprendre nos activités normales en 2022.

Je dis que cette distance sanitaire entre nous n’est pas « sociale », mais « asociale ». Les êtres humains ont appris à se méfier les uns des autres, à s’éviter, l’agressivité et la violence augmentent. Mais aussi des gestes de solidarité se multiplient. Notre association veut cela. Renouer des liens rompus, jeter des ponts, même si ce ne sont que des bulles d’air pour le moment, former un réseau supranational d’amies et d’amis qui se connaissent et s’entraident. Nous avons réagi depuis cinq ans à ces attentes en rassemblant à Strasbourg chaque année des étudiantes et étudiants et des jeunes professionnels.

Les premiers invités furent des Ukrainiens et des Autrichiens et naturellement des Français, puis les Allemands sont venus. Paneurope France à Paris ne pouvait pas ou ne voulait pas s’en occuper. Or, nous devions agir à un niveau paneuropéen et neutre et non pas dans un cadre politique français restreint et sans avenir. Notre groupement de Strasbourg avait grandi avec le soutien de Rainhard de Paneurope Autriche et de la mairie de Strasbourg et avec l’aide de l’équipe du « Lieu d’Europe » d’où je vous parle. Un grand merci à tous.

Entre-temps, notre branche strasbourgeoise a pris des ramures. Au Lieu d’Europe de Strasbourg, nous nous sommes réunis la dernière fois le 27 octobre 2018. L’aboutissement de nos rencontres fut notre séminaire de Berlin, le 19 octobre 2019. C’était encore sans porter le masque. Et puis vint le trou noir de la pandémie, presque toute l’année 2020 et les deux tiers de 2021.

Nous avons profité de cette interruption pour réfléchir sur nous-mêmes.

Tous ensemble, nous avons créé à Strasbourg en 2020 « C l’Europe », association transfrontalière indépendante, pourvue d’une nouvelle identité juridique, financière, électronique, faisant un nouveau Journal Internet et des entretiens vidéo. Une association plus jeune, très féminisée, organisée en réseau sur toute l’Europe et surtout libre de penser en fonction des réalités de notre temps et non plus orientée en fonction d’idéologies passéistes et de mythes poussiéreux. A mon grand étonnement, la plupart de nos adhérents nous sont restés fidèles et de nouveaux adhérents sont venus à nous. En tant que coordinateur de l’association, je vous remercie toutes et tous. Avec vous, l’Europe a de l’avenir.

Je veux aussi montrer le Lieu d’Europe à celles et ceux qui ne le connaissent pas encore. (Projection de Photos)

Croyant pouvoir profiter de la maladie et de la dépression, des oiseaux de malheur et des défaitistes chroniques, ces gens qui annoncent sans cesse la faillite de l’euro, le chômage, la crise, la misère, nous prédisaient le déménagement complet et définitif du Parlement Européen à Bruxelles. Mais nous sommes allés à contre-courant, nous avons décidé au printemps et à l’été 2020 de nous installer à Strasbourg, ville française certes, mais supranationale et européenne. C’était absurde n’est-ce pas ? Mais il paraît que tout ce qui ne paraît pas absurde au départ, ne vaut rien.

Et le miracle s’est accompli.

Le 9 mai dernier 2021,  le président de la République française, Emmanuel Macron, est venu au Parlement Européen de Strasbourg. Il a eu des mots magnifiques en faveur de Strasbourg. Il a dit : « "Au moment où nos valeurs sont attaquées, menacées au sein même de l'Europe, rappeler que Strasbourg est la capitale des droits démocratiques européens et de nos valeurs est essentiel. Et la place du Parlement européen est dans ce cœur vibrant des valeurs européennes. Si Bruxelles est la capitale des bureaux de l'Europe, Strasbourg est la capitale de son âme et de son cœur: là où on la pense, là où on défend ses valeurs".

Les Britanniques qui voulaient tuer Strasbourg ont quitté l’Europe. Ils reviendront un jour nus-pieds et en chemise. Ni les Russes, ni les Turcs, ni l’attraction de la lune ne chasserons de Strasbourg l’Europe de Jean Monnet, de Robert Schuman et de Konrad Adenauer, de Valéry Giscard d’Estaing et d’Helmut Schmidt, d’Helmut Kohl et de François Mitterrand, de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel. A tous ceux qui veulent expulser de Strasbourg la démocratie européenne, la France répondra par son droit de veto au Conseil européen. C’est agréable de débuter quelque chose sur une victoire.

Mais attention, le monde a changé. Le monde change. Pas partout en mieux. C’est difficile de croire au progrès. Pourtant il est notre raison d’être et d’agir. Personnellement, je crois à la science et à la culture plus qu’à la politique et je pense que notre association devra se tourner dorénavant vers la science plus souvent que vers la politique. La preuve en est par exemple la campagne que l'on mène pour la vaccination. Quelqu'un a dit : "Le vaccin est un petit pas pour l'homme, mais un grand pas pour l'immunité". La politique subit actuellement une crise de définition et de sens. Qui pourrait dire ce qui distingue encore la gauche de la droite ? Les problèmes économiques, climatiques, migratoires, alimentaires, biologiques, sanitaires et relationnels sont si gigantesques qu’aucune force politique ne peut avoir leur solution. Ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs.

La raison et le droit ont créé la paix en Europe. Jean Monnet et Robert Schuman, les pères de l’Europe, n’étaient pas issus d’un parti politique. C’étaient des hommes hors norme. Grâce à eux, plus jamais, aucun pouvoir ne pourra obliger des Européens à se servir d’arbalètes, de fusils, de mitrailleuses les uns contre les autres. Les nations européennes étaient des facteurs de discorde. Elles sont devenues des agrafes qui maintiennent l’Europe en réseau. Pas seulement entre l’Allemagne et la France, mais tous les 27 Etats ensemble avec le Luxembourg polyglotte et l’Autriche avec son immense passé et sa grande culture. Un Autrichien, le député Otto de Habsbourg, a le premier ouvert le Rideau de fer en août 1989 à Sopron en Hongrie. Ces derniers jours, alors que des forcenés criaient dans les rues de Paris et de Berlin des slogans antisémites, la chancellerie autrichienne et le ministère autrichien des Affaires étrangères ont hissé le drapeau israélien. Mais j’apprends qu’en Allemagne aussi, le drapeau blanc et bleu israélien a été hissé.sur la Maison de la CDU, le parti d'Angela Merkel, et dans diverses villes allemandes.

Les Autrichiens ont du cran. Et d’autres aussi. Nous soutenons ces pays en difficulté comme Israël, l'Ukraine, l'Arménie, le Liban. Je pense à la volonté de vivre de la petite Géorgie face à l’énorme Russie. Notre secrétaire général est géorgien et j’en suis heureux.

Deux observations pour finir.

Premièrement : nous devons être nous-mêmes. Nous ne pourrons aider les petits peuples et agir dans le monde qu’en renforçant notre identité européenne. N’oublions jamais que nous avons un passeport national, mais que tous nos passeports ont la couleur bordeaux de l’Europe. Il faut aimer cette dualité.

Deuxièmement, nous devons être maîtres de notre temps : passé, présent, futur. A Berlin en 2019, notre amie allemande Sophie, membre de notre nouveau Comité directeur, avait attiré mon attention sur une petite inscription en français sur un vestige du Mur de Berlin. J’ai lu : « Se souvenir pour évoluer ». Nous en avons fait notre devise.

Attention : il ne faut pas être esclaves de la mémoire. Il faut tirer les bonnes leçons de l’Histoire, mais le souvenir ne doit nous cacher ni le présent ni l’avenir. (Jean-Paul  Picaper, 23/05/2021)

« C L'EUROPE. CONFÉRENCE PANEUROPÉENNE DE STRASBOURG » – « ES IST EUROPA » – « IT IS EUROPE »

Tel est le nom de notre Conférence approuvé en assemblée générale par nos adhérents. Inscrite depuis le 8 septembre 2020 au registre des associations du Tribunal judiciaire de Strasbourg, tome 98, folio n° 136, « C L'EUROPE » possède une personnalité juridique protégée par la loi en droit alsacien-mosellan (loi de 1908).
Fidèle au modèle d'union de l'Europe pacifique et libre de Richard Coudenhove-Kalergi et Otto de Habsbourg, notre association respecte l'architecture institutionnelle du continent forgée par Robert Schuman et Jean Monnet, Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, Helmut Kohl et François Mitterrand. Elle est devenue l'Union Européenne souveraine, consolidée par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Bien du travail reste à faire, mais l'UE est d'ores et déjà un concept politique et humain fonctionnel innovant, unique au monde et dans l'histoire,
Son exécutif bruxellois, le Conseil européen des dirigeants élus des Etats-membres et son président permanent, est secondé par le travail gestionnaire et prospectif de la Commission Européenne. Elle est légitimée à Strasbourg par le Parlement Européen élu depuis 1979 au suffrage universel. L'Europe souveraine est devenue au fil des décennies le quadrilatère européen : Bruxelles (pouvoir exécutif), Luxembourg (pouvoir judiciaire), Strasbourg (pouvoir législatif), Francfort (pouvoir monétaire et financier). L'entente Paris-Bonn, devenue Paris-Berlin, est le pilier de l’Europe. La Commission de Bruxelles et la Banque Centrale Européenne de Francfort sont gouvernées par une Allemande et une Française. Mais la Françallemagne n’est pas toute l’Europe, la Paneurope.
L'axe de l'Europe, sa colonne vertébrale est le Rhin. Le sillon rhénan jadis frontière, est devenu le ruban bleu de la paix car la paix franco-allemande est l'âme de l'Europe. Après cinq ans de navigation sous un pavillon national d'emprunt, notre Conférence Paneuropéenne s'est amarrée sur cette rive symbolique que les Gaulois appelaient « rhen », « le fleuve », où les eaux allemandes se mêlent aujourd'hui aux eaux françaises.
Elle ne s'est pas constituée en association nationale comme les autres groupements du Mouvement Paneuropéen, mais enracinée dans l'Eurométropole strasbourgeoise, "C l'Europe" veut rayonner par-dessus des frontières franchissables (excepté en cas d'application toujours momentanée de l'article 23 de l'accord de Schengen). Dépassant la Françallemagne, "C l'Europe"veut être un passeurs d’idées dans la Paneurope. Elle estime que les Européens ne sont pas des étrangers les uns pour les autres. Ses adhérent(e)s jouissent des mêmes droits à partir de l'âge de la majorité civile. Elle n’est assujettie à aucune association, parti politique, syndicat ou communauté religieuse, idéologique ou ethnique.et n'est elle-même rien de tout cela.
Elle n'est ni une organisation de masse, ni un club élitaire, mais une avant-garde. Elle est le forum où les ami(e)s de l'Europe viennent débattre. Sa devise est « Se souvenir pour évoluer ».
 (Comité directeur. Strasbourg, le 23 décembre 2020)  
IN NECESSARIIS UNITAS - IN DUBIIS LIBERTAS - IN OMNIBUS CARITAS

L’auteur de l’article ci-dessous  que bien des lecteurs de notre page web ont apprécié, leader de la dernière grande entreprise privée d’aviation au monde, le pilote, ingénieur, homme politique et artiste français, Olivier Dassault a perdu la vie dans un accident d’hélicoptère le 7 mars 2021. Nous avons décidé de garder en ligne jusque au 31 décembre 2021 son message de Nouvel an 2021 si encourageant. (voir  la nécrologie dans notre page « Événements » ci-après)

Rebondir et reconstruire 
Message d’Olivier Dassault (†) pour l’année 2021

Adieu, 2020, personne ne te regrettera : et surtout, ne reviens jamais .

Alors que nous congédions l’une des pires années de l’époque contemporaine, nous contemplons l’étendue de ce qui nous reste à rebâtir.

Une économie en morceaux, une dette abyssale, des secteurs entiers d’activité dévastés, notre art de vivre réduit à néant, le moral de nos contemporains au plus bas. Autant de mots qui viennent s’ajouter aux horreurs de l’époque actuelle que sont le terrorisme islamiste, le communautarisme, la violence de l’extrême-gauche et les mille autres petites fractures qui ont donné naissance à l’archipel français si justement décrit par Jérôme Fourquet.

Il est temps de « tirer notre courage de notre désespoir même » (Sénèque).

Car, un jour, l’espoir renaîtra. Un jour, la vaccination volontaire de la majorité des Français nous permettra de construire notre immunité collective et de repartir de l’avant. A condition, bien sûr, que les lourdeurs administratives, les incohérences bureaucratiques et les pusillanimités politiques ne viennent pas tout ralentir et tout empêcher !

Un jour, l’économie française va s’ouvrir à nouveau. Alors, l’espoir renaîtra une fois encore, comme à la fin du premier confinement. Dès le mois de décembre, l’Insee mesurait déjà que le moral des patrons rebondissait fortement. Pour 2021, l’enjeu est désormais de connaître la forme que prendra ce rebond : en U, en V, en W, en L ou en K. Chacune portant un scénario de reprise plus ou moins souhaitable. Malheureusement, il nous faut cependant intégrer qu’il y aura des magasins qui ne rouvriront pas, des entreprises qui s’arrêteront définitivement, des emplois qui seront détruits. A l’image de l’équipage d’un navire se préparant à subir l’assaut d’une vague scélérate, il faut être prêt à s’accrocher à l’espoir comme au bastingage et attendre qu’elle frappe, conscient des dégâts à venir.

Malgré le choc, l’écume et la houle virevoltante, le soleil percera à travers les nuages de la tempête. Les plus agiles d’entre nous s’en remettront le plus vite. Les plus solides et résilients aussi. Ceux qui auront su se vacciner à temps, ceux qui auront choisi d’anticiper les mutations du monde en numérisant leur processus et activités et ceux qui auront eu la capacité de réaction nécessaire dès le premier confinement pour absorber choc également. J’en veux pour preuve les librairies indépendantes qui se sont réunies pou proposer leurs livres en ligne, les restaurants, des étoilés aux plus modestes, qui ont su et pu se mettre à la vente à emporter.

Pendant quasiment une année, les ressources déployées par nos concitoyens, notamment ceux qui se sont retrouvés en première ligne dès le mois de mars – souvent les salariés du « back office » chers à Denis Maillard, caissières, livreurs, chauffeurs de poids lourds, caristes… ont forcé l’admiration. Les soignants, ces guerriers, méritent quant à eux des statues, et les remerciements de la nation reconnaissante. Ils méritent surtout des moyens adéquats pour remplir leur mission.

Après le rebond viendra la reconstruction. Reconstruction de notre économie, et, espérons-le, de notre société.

2020 nous a enseigné les nécessités de la pensée stratégique, de la résilience et de l’adaptabilité. Tels sont les trois axes sur lesquels il va être nécessaire de s’appuyer dès maintenant.

Penser stratégiquement, c’est garantir la production en France d’équipements de première nécessité et non s’en remettre à des pays tiers à l’autre bout du monde. C’est aussi penser, pour l’Union Européenne, son indépendance technologique vis-à-vis des géants numériques américains et Chinois. La fin de la naïveté européenne que défend Thierry Breton au sein de la Commission européenne, est une mission de salut public et il faut se réjouir que le mouvement s’accélère en 2021. Coralie Delaume, jeune essayiste et analyste talentueuse de la question européenne, qui nous a malheureusement quittés l’année dernière, aurait salué cette orientation.

Penser stratégiquement, c’est garantir l’indépendance énergétique de la France, en sécurisant la fourniture d’énergie grâce au nucléaire, et donc en finir avec cette folie de vouloir supprimer l’unique énergie décarbonée.

Enfin, penser stratégiquement n’est pas affirmer que la France doit tout faire seule mais bien s’entendre sur les secteurs essentiels liés à la vie de la nation, comme l’alimentation, l’énergie ou la défense. Non, notre indépendance ne se négocie pas. Elle ne se dilue pas dans l’opportunisme politique ou l’émotion du moment. Elle est la ligne de crête sur laquelle nous devons toujours avoir le pied ferme. C’est aussi une des leçons de l’année écoulée.

Reconstruire notre société qui est si divisée, c’est repartir à la conquête des « territoires perdus de la République » pour les ramener dans le giron national et leur donner les mêmes chances qu’aux autres. Cela passera par le retour en force des services publics, notamment de la police et de la gendarmerie, premiers remparts contre la désagrégation de la société, suivis de très près par l’école républicaine, sans laquelle le ciment de l’esprit civique ne saurait prendre. Tâche essentielle : l’islam politique est là, qui ne demande qu’à remplir les fissures de nos sociétés par sa lecture du monde binaire – eux contre nous – facile d’accès pour des esprits non formés au sens critique, afin d’y provoquer des fractures irrémédiables. Reconstruire notre société, c’est lutter plus sévèrement contre l’immigration clandestine et opter enfin pour une immigration choisie, et non plus subie via le regroupement familial – qui n’a plus de sens en 2020. L’enquête exclusive de l’Ifop publiée dans ces pages dans le cadre du Figaro Enquêtes est révélatrice : les Français ne veulent plus accueillir de nouveaux arrivants. Seuls les idiots utiles de l‘extrême-gauche, servant ainsi de marchepied au Rassemblement National dans sa bataille pour la présidence de la République, défendent la fin des frontières. Ils démontrent ainsi la réalité de la « tenaille identitaire », ce piège identifié notamment par Laurent Bouvet.

Reconstruire notre société, c’est aussi lutter contre les fractures qui nous minent. Des communautés ultra-minoritaires mais très agissantes, notamment via les réseaux sociaux, s’érigent en censeurs, en maîtres chanteurs, voire vont jusqu'aux menaces physiques pour annuler l'autre. Ce cancel culture venue des États-Unis et dénoncée encore récemment par l’une de ses victimes, Bret Weinstein, doit être combattue partout, car elle porte en elle les graines des dictatures à venir. Il ne faut pas céder aux intimidations en ligne ou médiatiques, mais réintroduire la notion de recul et cesser de réagir à chaud à tout et tout le temps. Aujourd’hui les tribunaux des réseaux sociaux ne désemplissent jamais. Il est temps d’y mettre un terme et de cesser de jouer sur leur terrain.

Reconstruire notre société, c ‘est, enfin et surtout, redonner des motifs d’espoir à notre jeunesse. Calfeutrés sous les masques, assignés à domicile, contraints de subir au quotidien les règlements administratifs et les consignes sanitaires édictées – et ils le comprennent – pour la sauvegarde de leurs aînés, nos enfants paient un très lourd tribut à la crise. Bridés aujourd’hui dans leurs études, leur vie sociale, leurs voyages, leurs amitiés, leurs affections, ils se retrouveront demain plongés dans une économie en pleine tourmente, confrontés à un monde du travail plus rude que jamais, riches surtout des dettes et des drames que nous leur aurons légués. Le sursaut, c'est aussi à eux que nous le devons.

Il est des années où l’éditorial du 1er janvier est plus difficile à écrire que d’autres. Si 2020 fut une année « confinée », les graines de nos résurgences futures sont là, en gestation dans la terre fertile de nos espérances. Nous nous devons d’être les jardiniers de nos espoirs et de les faire germer, grandir, pour en récolter les fruits. Nous le devons à tous ceux qui nous ont quittés l’année dernière mais aussi à ceux qui restent. Dès demain, nous devrons rebâtir car le « vrai courage ne se laisse pas abattre «. (…) Je vous souhaite à tous, chers lecteurs, chères lectrices, une année 2020 pleine de courage, d’espoir et de vie !

Olivier Dassault
Administrateur du Groupe Figaro (in "Le Figaro", mardi 5 janvier 2021)